« Pendant ce temps dans l’Indo-Pacifique… »

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« Pendant ce temps dans l’Indopacifique… »

Dans le cadre d’une conférence « Et pendant ce temps dans l’Indopacifique » organisée par les auditeurs de l’IHEDN Dauphiné-Savoie, les Jeunes IHEDN de l’antenne grenobloise ont rencontré Anne CULLERRE première femme Vice-amiral de la Marine Nationale. Entrée sur concours de la Marine en 1981, elle a commandé les forces armées en Polynésie Française, les forces maritimes de l’océan Pacifique et le centre d’expérimentation du Pacifique. Elle a également éla première femme sous-chef d’état-major opérations aéronavales de la Marine.

L'Indo-Pacifique, une zone stratégique pour la France

C’est avec 60% de la richesse mondiale, 3/5 de la population planétaire et 7 des 10 plus gros budgets de la défense que l’Indo-Pacifique est devenu le nouveau centre des préoccupations économiques et géopolitiques. Tandis que la compétition sino-américaine s’intensifie, la menace de prolifération du nucléaire plane toujours autour de la Corée du Nord. Et à cela s’ajoutent d’autres problématiques telles que le terrorisme, la pêche INN et les conséquences du changement climatique. Un certain nombre d’enjeux donc, auxquels la France doit répondre en tant qu’Etat résident de la région. C’est en effet de par ses départements et ses collectivités d’outre-mer ainsi que sa ZEE (zone économique exclusive) que la France est le premier pays européen à s’être doté d’une stratégie pour l’Indo-Pacifique.

 

Dans ce contexte, la France se veut être une puissance d’équilibre prônant le l’ordre multilatéral : droit international et liberté de navigation en mer. La stratégie française se décline en plusieurs axes : la défense de la souveraineté de la France, la contribution à la sécurité régionale et à la stabilité stratégique, la préservation de la liberté de circulation et l’anticipation des risques sécuritaires induits par le changement climatique. L’essentiel de ces missions se font en coopération avec nos partenaires de la région, notamment à l’occasion d’exercices militaires multilatéraux (La Pérouse, Croix du Sud, Varuna, etc.) ou d’opérations de secours (accords Franz). Pour répondre à ces engagements, la France divise la zone Indo-Pacifique en 5 commandements militaires, répartis sur deux théâtres : la zone ALINDIEN et la zone ALPACI. 

 

Ainsi, le positionnement diplomatique français a longtemps été envisagé comme un partenariat stratégique avec l’Inde et l’Australie. Le pacte AUKUS rebat cependant les cartes. Pour la France, cette alliance a mis fin au contrat de vente de 12 sous-marins de l’industriel Naval Group, mais aussi à l’axe Paris/New-Delhi/Canberra. Dans ce contexte, l’Amiral affirme l’intérêt de garder une voie autonome à l’égard du pacte AUKUS dans un objectif de puissance d’équilibre dans un espace sous haute tension. Cela pourrait se faire via une neutralisation des rapports vis-à-vis des États-Unis et surtout de l’Australie ainsi que d’un rapprochement avec les pays refusant la logique de bloc : à savoir l’Inde, l’Indonésie et le Japon. Il faut enfin avoir les moyens de nos ambitions : un engagement politique plus soutenu, des capacités supplémentaires pour la Marine Nationale et davantage d’aide au développement pour la zone. L’avenir reste donc à écrire. En tenant compte des événements passés, il s’agira de développer des partenariats plus forts encore, dans des domaines dépassant le cadre de la défense incluant entre autre économie, environnement et santé ; ceci dans le but de créer davantage d’interdépendance et de constituer des alliances solides et durables face aux puissances régionales.

 

Enfin, il s’en est suivi la question centrale de Taiwan et du positionnement chinois dans cette zone. La République populaire de Chine se voit comme une puissance prisonnière de sa propre géographie (First Islands Chain). Cette vulnérabilité est visible avec 3 de ses bases navales de Qingdao, Ningbo et Zhejiang proches de Taiwan, mais aussi avec le dilemme du Détroit de Malacca où une dépendance contraignante aux Etats riverains entrave ces ambitions. Taiwan apparait comme la clé à ce verrou géographique et stratégique.

Par ailleurs, il est pertinent de relever une vulnérabilité vis-à-vis de l’omniprésence américaine dans la zone : 375 000 personnels, 2 000 avions, 200 bâtiments et sous-marins.

Ainsi, depuis trente ans, la Chine s’inscrit dans un effort global pour construire un outil militaire à la hauteur de sa puissance économique. Elle impose une cadence effrénée. À titre d’exemple, la Chine construit l’équivalent de la marine française tous les 4 ans. Dans un objectif de se défaire de ses contraintes naturelles majeures et de faire face à la puissance américaine, la Chine avance ses pions dans l’ensemble de l’Info-Pacifique.

À propos des auteurs

Alix

Alix est étudiante en Master 1 Droit international parcours Sécurité Internationale, Cybersécurité et Défense et membre de l’association à la suite d’un cycle “Sécurité et Défense” des Jeunes IHEDN en mars 2021. Elle est également en cours d’intégration dans la réserve opérationnelle de l’Armée de Terre. Elle assure avec Guilhem ROUSSEAU le développement de l’antenne locale à Grenoble depuis novembre 2021.

Paul

Paul est étudiant en Master 1 Droit international parcours Sécurité Internationale, Cybersécurité et Défense et membre de l’association des Jeunes IHEDN. Au titre de référent mémoire de l’antenne grenobloise, il participe aux différents événements de l’association et s’investit particulièrement dans le comité du Prix du Soldat de Montagne 2022. Il est également en cours d’intégration de la réserve du 93e régiment d’artillerie de Montagne.

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