Le rôle du référent de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris dans la préparation des J0P2024

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[ INTERVIEW ]

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LE RÔLE DU RÉFÉRENT DE LA BRIGADE DE SAPEURS-POMPIERS DE PARIS DANS LA PRÉPARATION DES JEUX OLYMPIQUES ET PARALYMPIQUES DE 2024 – LIEUTENANT-COLONEL DAVID MENIGON

Propos recueillis par Nicolas SIMON, membre du Comité sécurité intérieure – Le 25 mai 2023

À propos de l'invité

David MÉNIGON

Passé par l’École militaire interarmes, David Ménigon choisit de rejoindre la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) en 2005. Fort de nombreuses années opérationnelles, il poursuivra sa carrière en tant qu’inspecteur du travail dans les armées, puis deviendra l’officier référent de la BSPP dans la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 (JOP 2024).

À PROPOS DE L’INTERVIEW

Proposé par le comité Sécurité Intérieure, cet échange éclaire le lecteur sur le rôle du référent BSPP et les enjeux sécuritaires autour des JOP 2024.

INTERVIEW

Nicolas SIMON – Les Jeunes IHEDN (LJI) : À titre de propos liminaires, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

David MENIGON (DM) : J’ai bientôt 49 ans, je suis marié et père de deux enfants. Mon parcours institutionnel est assez atypique. D’un recrutement semi-direct après 2 années de conscription et 3 années passées au groupe de défense nucléaire biologique et chimique de Draguignan (GDNBC devenu 2ème régiment de dragons de Fontevraud), j’ai rejoint en 2002 la 42ème promotion de l’École militaire interarmes. J’ai eu l’opportunité de choisir la composante sécurité et de rejoindre la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) en 2005, à l’issue de mon année de formation en division d’application au sein de l’École du génie d’Angers. J’ai fait mes premières armes en tant que lieutenant à la 10ème compagnie, caserne de Château-Landon, où j’ai occupé la fonction de chef de garde pendant 3 belles années, sur un secteur extrêmement riche et intense sur le plan opérationnel. J’ai ensuite découvert les multiples facettes de la banlieue en rejoignant la 26ème compagnie en 2008 que j’ai eu l’honneur de commander pendant 3 années de 2010 à 2013. Puis, affecté à l’état-major du 1er groupement d’incendie et de secours, j’ai occupé successivement la fonction d’adjoint de chef Section Opération Instruction puis de chef en titre. Encore 5 belles années… Une période différente de la compagnie d’incendie mais un passage extrêmement enrichissant avec de belles rencontres professionnelles dont certaines se prolongent encore aujourd’hui.

J’ai ensuite changé d’univers en 2018. Après la réussite du diplôme technique et une année de scolarité en master spécialisé à l’École nationale supérieure d’arts et métiers, j’ai découvert un nouvel environnement au sein du contrôle général des Armées où j’ai exercé la fonction d’inspecteur du travail dans les armées au sein du pôle travail du groupe des inspections spécialisées. Une belle opportunité professionnelle ; commissionné par le ministre des Armées et assermenté auprès des tribunaux judiciaires, j’ai en effet mesuré concrètement la grande diversité des organismes du ministère des Armées lors de mes différentes inspections. Je contrôlais notamment l’application de la réglementation relative à la santé et à la sécurité du travail sur les emprises placées sous l’autorité du ministre des Armées, à la fois pour le personnel civil et militaire mais également pour les salariés des entreprises de droit privé intervenant sur les emprises de la défense ; un nouveau départ professionnel et une profonde remise en question après 13 années à la BSPP.

LJI : Quel est votre mandat en tant que responsable opérationnel dans l’organisation des JOP 2024 ?

DM : Je suis affecté à la division emploi au sein de l’état-major BSPP. J’ai été nommé adjoint au bureau opération préparation opérationnelle (BOPO) dans lequel j’occupe, entre autres, la fonction d’officier de marque et de référent pour les JOP. Intégré au sein d’une équipe projet pilotée par le colonel adjoint territorial, je participe à la grande majorité des groupes de travail ou ateliers techniques sous la houlette de la Mission Paris 2024 de la préfecture de police qui coordonne l’ensemble des dossiers. Je suis également appuyé par les experts des différents bureaux, comme le bureau prévention lorsque les thématiques font appel à des connaissances bien spécifiques. Ce travail est réalisé de concert avec les référents identifiés au sein de chaque division, bureau et groupement. Les sujets ne manquent pas. La préparation des jeux s’est intensifiée depuis septembre dernier.

Pour mémoire c’est la priorité immédiate du général commandant la brigade dans son plan d’action. L’intention du chef est claire : réussir la préparation de rendez-vous sécuritaires majeurs avec un effort spécifique sur la préparation des JOP. Les enjeux sont de taille : pour reprendre les termes du Comité international olympique (CIO), les JO sont « l’équivalent de quarante-deux championnats du monde, d’un G20, d’une assemblée générale de l’ONU, et d’un sommet de Davos se déroulant simultanément au même endroit ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Paris 2024, ce sera 15 000 athlètes, 50 000 volontaires à l’œuvre, 206 nations représentées, 13,5 millions de spectateurs attendus, 20 000 journalistes accrédités, 4 milliards de téléspectateurs et 100 000 heures de diffusion TV.

LJI : Quel est le rôle de la structure au sein de laquelle vous évoluez ?

DM : La structure au sein de la BSPP est assez réduite. Comme mentionné précédemment, je représente la BSPP sur quasiment l’ensemble des ateliers de travail et réunion. Secondé ou appuyé parfois par des experts de domaine. En interne BSPP, l’objectif est simple : il s’agit de porter et de coordonner l’ensemble des sujets JOP auprès des différentes divisions de l’état-major, qu’ils soient ressources humaines, finances, logistique, santé, et d’inscrire toutes les thématiques dans une manœuvre globale JOP. L’ampleur de l’événement nous oblige à faire preuve d’anticipation pour pouvoir adapter notre organisation et notre dispositif à cet immense défi. Pour atteindre cet objectif, nous réalisons régulièrement un point d’étape des travaux menés, de manière à identifier les actions restant à réaliser, préciser le calendrier attendu pour l’aboutissement de chacune des actions et, enfin, recenser les situations nécessitant des arbitrages. La division emploi (DIVEMP) est pionnière pour la préparation de la contribution de la BSPP aux JOP. À ce titre, un document de planification d’état-major, « Ops Design », a été initié au premier semestre 2022. Il permet d’identifier nos priorités opérationnelles et organisationnelles et de cadencer l’ensemble des travaux conduits par les divisions et les groupements.

LJI : Quels sont les objectifs de la structure au sein de l’organisation des JOP 2024 ? Avant, pendant et après le déroulement des jeux ?

DM : Les objectifs sont assez simples d’une certaine manière puisqu’ils répondent à la logique opérationnelle que nous appliquons au quotidien.

Avant le déroulement des jeux, il s’agit en premier lieu de mobiliser les forces et les ressources ; s’organiser et exprimer les besoins en renforts ou en équipements qui, au regard des enjeux, seront rendus nécessaires par la mobilisation de toutes les ressources. Ensuite il faut planifier, réviser et mettre à jour si besoin nos doctrines ou les adapter aux enjeux opérationnels liés à l’évènement. C’est le cas du secours nautique par exemple. Il faut ensuite assurer la montée en puissance capacitaire et porter un effort significatif sur la préparation opérationnelle. De nombreux exercices, de sécurité et de secours-santé, préparant nos unités à diverses hypothèses de crise ont déjà été initiés de manière à être prêt techniquement et stratégiquement, en prenant en compte l’aspect terrain mais également la dimension commandement notamment au sein de notre état-major opérationnel (EMO).

En ce qui concerne la phase active des jeux nous devons assurer la permanence et la qualité de service rendu de notre mission première – l’engagement opérationnel pour la défense des populations et des biens sur notre secteur de responsabilité – en faisant face à une activité exceptionnelle. Pour mémoire, 3 risques principaux ont été identifiés : une aggravation du risque courant lié à un afflux massif de visiteurs sur la capitale, un risque spécifique en raison de la forte concentration du public sur certains sites de compétitions ou de célébrations et enfin une probabilité d’occurrence plus élevée du risque exceptionnel liée au caractère symbolique, politique et médiatique de l’événement.

Après le déroulement des jeux, et comme sur toute opération, viendra le temps du bilan et du retour d’expérience. Cette séquence opérationnelle n’y échappera pas. Il faudra tirer les enseignements et prendre en compte les axes d’amélioration des actions conduites à la fois en amont, dans le cadre de la préparation et de la montée en puissance, mais également lors de la phase de conduite pendant les 80 jours de postures. Le retour d’expérience sera à la hauteur de l’évènement. N’oublions pas que les célébrations de l’Olympiade à Paris remontent à 1900 et 1924 (hors éditions hivernales). Même les plus anciens d’entre nous n’ont pas connu une telle séquence opérationnelle avec cette mobilisation hors norme.

LJI : Quelles sont les actions déjà réalisées par votre structure dans le cadre de sa mission dans l’organisation des JOP ?

DM : Les JOP 2024 pèsent déjà largement sur les activités de la BSPP. Les actions réalisées sont déjà nombreuses.

Sur le plan RH tout d’abord, la division organisation ressources humaines (DIVORH) a identifié plusieurs leviers et initié un certain nombre de chantiers pour répondre à la montée en puissance capacitaire. D’une part, pour le personnel d’active, en réhaussant le plan de recrutement en 2023 et 2024 pour garantir un niveau de réalisation des effectifs proche de la cible, mais également pour le personnel de réserve, avec la montée en puissance du plan réserve 2024 ou l’anticipation du recrutement de réservistes spécialistes. Il y aussi l’adaptation de la formation, une politique de permission adaptée à la période des JOP 2024, les travaux de modélisation de service et bien d’autres sujets encore. La manœuvre RH est conséquente.

Sur le plan opérationnel, un grand nombre de travaux ont également été lancés comme l’actualisation de la doctrine, la création de documents opérationnels spécifiques ou encore la définition du volume et des règles de constitution des moyens de secours, avec notamment :

  • La définition et l’optimisation des modules prépositionnés sur les emprises et évènements majeurs des JOP ;
  • La définition des postures génériques de la réponse opérationnelle BSPP (haute/moyenne/basse) ;
  • La définition des dispositifs prévisionnels des moyens de secours BSPP adaptés à la cérémonie d’ouverture ;
  • La définition des dispositifs prévisionnels des moyens de secours BSPP adaptés aux sites olympiques et aux différents risques ;
  • Sans oublier les travaux de coordination et d’intégration des moyens de renforcement dans notre dispositif ou encore la préparation opérationnelle dédiée.

Autrement dit, beaucoup d’actions sont engagées au service des jeux.

LJI : Quelles sont les principales problématiques rencontrées durant l’accomplissement des objectifs par votre structure et vous-même ?

DM : Pour avoir une vision globale et exhaustive, je pense qu’il y a plusieurs sujets.

Tout d’abord il faut préparer la montée en puissance de notre organisation et nous mobiliser tout en continuant à remplir notre mission quotidienne de protection et de secours à la population parisienne. Nous devons identifier parfaitement nos priorités opérationnelles et évaluer les capacités que nous pouvons proposer en gardant à l’esprit que les ressources sont comptées. Ce travail est déjà bien entamé mais certains points sont encore à consolider.

Il faut également avancer au rythme des différents groupes de travail en s’adaptant sans cesse aux changements et aux évolutions. C’est parfois la méthode de la découverte. Il faut donc être très réactif et être en mesure de travailler en étant contraint par le temps afin de répondre dans l’urgence aux différentes sollicitations et pour progresser de manière coordonnée.

Nous devons par ailleurs rester vigilants et être présents sur l’ensemble des sollicitations pour ne pas passer à côté d’un sujet, ce qui serait préjudiciable, notamment dans le cadre de la mission secours. Il est primordial de porter la position de la BSPP dans les différents groupes de travail et ateliers techniques. Même si la comitologie est conséquente, il faut faire l’effort d’être sur tous les fronts.

LJI : Comment votre service communique-t-il et se coordonne-t-il avec les autres forces engagées dans les événements olympiques ?

DM : Les acteurs du projet sont nombreux. Le schéma de gouvernance est assez complexe à appréhender mais on comprend rapidement le rôle de chacun. Les acteurs principaux sont le comité organisateur des JOP 2024 (COJO), la mairie de Paris en tant que ville-hôte et la délégation interministérielle aux JOP (DIJOP) qui est rattachée au Premier ministre et qui accompagne la préparation des JOP de Paris 2024 en coordonnant les actions des différents ministères. La société de livraison des équipements olympiques et paralympiques – SOLIDEO – supervise les travaux des différents maîtres d’ouvrage publics et privés. La préfecture de police est particulièrement impliquée ainsi que ses différents services avec lesquels nous avons l’habitude de travailler. À savoir, la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ou la brigade fluviale. À cela s’ajoutent non seulement les collectivités, les différents opérateurs de transport public (RATP, SNCF…), mais encore les voies navigables de France (VNF) – opérateur national de l’ambition fluviale. La liste est encore bien longue et les périmètres de responsabilité très variés.

La Mission Paris 2024 au sein du secrétariat général de la zone de défense et de sécurité de Paris (SGZDS) est là pour conduire et coordonner la manœuvre. L’équipe de la mission anime et mobilise le réseau des référents JOP des différents services. Responsable de la mise en œuvre de la feuille de route, elle veille justement à faire avancer l’ensemble des acteurs au même rythme, sur l’ensemble des champs de compétence comme la sécurité, la sûreté, la circulation et la partie secours qui nous concerne directement. Elle facilite ainsi grandement la communication avec les autres services.

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