Le mercredi 11 janvier dernier, les membres du comité Afrique des Jeunes IHEDN ont eu le privilège de recevoir, à l’occasion de leur afterwork mensuel, le diplomate et enseignant-chercheur Jean DE GLINIASTY. Ce fût l’occasion d’échanger sur l’évolution de la politique française en Afrique, et plus particulièrement sur la présence et l’influence russes en Afrique.
Actuellement consultant, enseignant et directeur de recherches à l’IRIS, Jean DE GLINIASTY a eu une longue carrière diplomatique au sein du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères français. Il a notamment été ambassadeur de France au Sénégal, ainsi qu’ambassadeur de France en Russie, ce qui lui a permis de développer un regard expert et personnel sur les stratégies diplomatiques et d’influences russes sur le continent africain. Dans ce cadre, il a rédigé de nombreux articles relatifs à cette thématique, particulièrement sur la stratégie du jeu de go.
Le constat d’un désintérêt de l’Afrique de la part des élites françaises n’est pas sans conséquences sur la scène internationale selon Jean DE GLINIASTY. Après avoir repoussé avec force la dynamique de la “Françafrique”, la présence diplomatique de la France sur ce continent se serait volontairement estompée, laissant la porte ouverte à la prise d’influence d’autres nations sur cette région. En particulier, les puissances chinoises et russes se sont engouffrées dans cette brèche, au point que l’on parle aujourd’hui de “Chinafrique” et de “Russafrique”.
Jean DE GLINIASTY souligne alors le rôle décisif de l’éloignement culturel entre les élites françaises et africaines dans cet éloignement diplomatique. Selon lui, malgré les nombreuses conséquences négatives de l’école coloniale, il faut prendre conscience malgré tout du fait que celle-ci créait une sympathie et connivence réciproques entre dirigeants français et africains qui étaient “sur les mêmes bancs” à l’école, constituant ainsi un terreau fertile pour le développement de relations diplomatiques fortes entre ces différentes entités politiques.
La Russie est depuis très longtemps présente en Afrique en dehors de la parenthèse des années ELTSINE. L’URSS a soutenu les mouvements anti-colonialistes. POUTINE a orchestré un retour de la Russie en Afrique qui a connu véritable tournant en 2017. En effet, avant 2017, les traités de défense entre la Russie et de nombreux pays africains étaient de type traditionnel. Cependant à partir de 2017, la Russie a signé plus de dix accords de défense avec les pays africains, lesquels contiennent une nouvelle clause déterminante pour l’influence russe, à savoir celle stipulant que la Russie garantissait la sécurité personnelle des présidents de ces pays, sécurité généralement assurée par l’entreprise Wagner. Avec cette clause, la présence en Russie devient une réalité verrouillée et indéboulonnable.
Ainsi, alors que de nombreux pays, comme la France, vont avoir tendance à vouloir apporter des principes de “bonne gouvernance” avec les États africains, lesquels sont de moins en moins bien reçus, la Russie à l’inverse propose de la sécurité à ces mêmes pays. C’est ce créneau qui apparaît être décisif pour la présence russe en Afrique, bien que celui-ci soit fragile. Par exemple, le contexte de la guerre russo-ukrainienne met en lumière la difficulté pour les forces de Wagner de se battre sur deux fronts en simultané. Mais sur ce créneau la Russie entre en concurrence directe avec a France, du moins en Afrique occidentale et au Sahel.
Les maladresses françaises permettent-elles d’expliquer l’actuelle influence russe sur le continent africain ? C’est à cette question que nous avons pu réfléchir avec Jean DE GLINIASTY, en partant du constat que dans certains pays africains, les populations rejettent toute velléité politique française, tandis qu’elles réclament l’appui russe à l’inverse.
Sur ce point, il est apparu que la France avait une certaine part de responsabilité. D’une part, l’action française en Afrique ne peut se départir d’un certain paternalisme lorsqu’elle mène des actions sur ce continent, et ce paternalisme, souvent moralisateur, est aujourd’hui rejeté par les populations africaines. D’autre part, il faut reconnaître que la politique française en Afrique ne s’est que très peu adaptée à la montée du capitalisme sur ce continent. En d’autres termes, cela signifie que le défaut de la stratégie française serait d’avoir continué à chercher principalement à asseoir et diffuser une influence en Afrique à travers la culture et l’éducation, alors que l’approche par le business apparaît aujourd’hui indispensable, ce qu’ont bien compris les puissances russes, chinoises, turques et autres. Surtout après que les budgets de l’Éducation et de Culture ont souffert des plans d’ajustement du Fonds Monétaire Internationale (FMI) dans les années 80 et que les crédits de la coopération française ont fondu. Mais il reste à la France beaucoup d’atouts en Afrique, l’émigration et les étudiants africains en France qui créent des liens, notamment en termes de « business », la langue, des flux commerciaux certes en baisse mais significatifs, et la capacité française à participer aux développements politiques et sécuritaires régionaux si on fait appel à elle….
Quand on réfléchit à la pertinence actuelle de la présence ou de l’influence exogène dans les pays d’Afrique, il importe de reconstituer l’historicité de ces pays et de se pencher sur le principal mal engendré par la domination coloniale. Selon Jean DE GLINIASTY, le vrai péché de la colonisation serait d’avoir empêché le développement normal d’entités démocratiques et politiques dans les pays du continent africain. D’autant plus que la spécificité des pays africains sur ce point serait justement leur difficulté à créer, entre les populations, la cohérence nécessaire à tout processus de création de nation, en conformité avec l’hypothèse gaulliste selon laquelle il n’y a de développement que s’il y a unité au sein de la nation.
Que faudrait-il faire à présent ? Faudrait-il se retirer, et laisser les peuples africains “régler leurs comptes” afin de faire émerger les rapports de force naturels qui mèneront à l’apparition de pouvoirs légitimes et d’États de droit ? Faut-il miser sur l’émergence d’entités politiques plus proches des empires que de l’État nation français ? L’idée serait alors qu’il est vain, sauf quelques rares cas, d’essayer de plaquer le modèle d’État-nation de la France sur ce continent, et qu’à l’inverse il serait plus pertinent de permettre un cadre favorable à l’émergence d’un mode d’organisation original, lequel serait probablement de type fédéral.
Après plusieurs expériences en lien avec le continent africain, j’ai rejoint le Comité Afrique des Jeunes IHEDN pour explorer d’avantage les relations stratégiques et militaires des pays de ce continent avec la France. À côté, je suis étudiante en sciences sociales et politiques à l’ENS d’Ulm ainsi qu’en management spécialisé dans les pays du Sud à l’Université Paris-Dauphine.
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