Propos recueillis par le Comité de Cultures et influence
Les Jeunes IHEDN (LJI) : Quel est le contexte informationnel en République Démocratique du Congo ?
Prince Kibala (PK) : La guerre ne se déploie pas seulement sur le terrain. Elle se développe aussi dans les médias et le monde du numérique. En ce qui concerne le contexte congolais, il s’agit d’un défi majeur.
Le contexte informationnel en République Démocratique du Congo (RDC) se caractérise par une diversité des sources d’information mais aussi par plusieurs défis. Il y a entre autres une forte croissance d’usage d’internet et du téléphone mobile, surtout dans les grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani et Goma par exemple, avec une forte utilisation des réseaux sociaux. La radio reste cependant le média le plus accessible, surtout dans les zones rurales. Les populations rurales utilisent plus la radio que le téléphone ou les réseaux sociaux comme Facebook et WhatsApp. Les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la circulation rapide de l’information. L’espace numérique est parfois marqué par la polarisation politique, par la désinformation voire la faible vérification des informations.
En RDC, les acteurs de l’information sont variés. Il y a ce que l’on peut nommer les « responsables » des médias numériques : journalistes, influenceurs, personnalités politiques, institutions politiques, organisations de la société civile. Il y a aussi des médias traditionnels comme la radio, la télévision et la presse écrite. Au moment des périodes électorales ou pendant les périodes de conflits comme actuellement à l’Est de la RDC, il existe une augmentation de la circulation de rumeurs et de manipulations d’information sur les réseaux sociaux.
LJI : Quels sont les réseaux sociaux les plus utilisés et quelle en est l’utilisation sur le plan informationnel ?
PK : En RDC, les réseaux sociaux les plus utilisés sont : Facebook, WhatsApp, Tik Tok, X (Twitter) et enfin Instagram. Les actualités que l’on peut retrouver sur ces plateformes sont diverses mais se concentrent majoritairement autour de la géopolitique, des actualités internes en temps réel et de l’engagement citoyen. Ces plateformes permettent de suivre la politique locale, mais aussi de propager de manière très rapide les contenus.
WhatsApp est surtout dédiée à la communication et au partage d’informations via des groupes avec plusieurs utilisateurs. Facebook est très utilisé pour les actualités et débats politiques, avec une publication multicanale par des médias plus traditionnels. TikTok est surtout utilisé par les jeunes pour des contenus vidéos de courte durée. Enfin, X met aussi en avant des contenus vidéos mais ces derniers sont surtout publiés par des journalistes ou des responsables politiques. En somme, sur le plan informationnel, ces réseaux sociaux permettent de diffuser des actualités, de partager des communications officielles, de mobiliser l’opinion publique, ou encore d’organiser des campagnes politiques et citoyennes.
Après avoir dit cela, nous pouvons ajouter que la consommation des réseaux sociaux diffère en fonction des générations. En RDC, les jeunes de 18 à 35 ans utilisent davantage Facebook, TikTok et WhatsApp. Ils savent utiliser les réseaux sociaux et connaissent les enjeux en lien avec les informations en ligne. Ce sont eux qui consomment le plus les réseaux sociaux par rapport aux adultes et aux personnes les plus âgées. Les adultes privilégient quant à eux WhatsApp puis Facebook pour l’information. Les générations les plus âgées restent plus attachées aux médias traditionnels que sont la radio et la télévision essentiellement.
LJI : Quelles sont les lois ou les organismes qui luttent contre la désinformation ? Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de campagne de manipulations de l’information ?
PK : Les fausses nouvelles sont réprimées par la Loi n° 23/ 010 du 13 Mars 2023 portant Code du Numérique (Article 360).
Récemment, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a initié une campagne contre l’immoralité et la délinquance dans les médias ainsi que sur les réseaux sociaux. Le CSAS n’est autre que l’institution habilitée en RDC pour réguler le secteur des médias. Cette institution réprime ce qui va à l’encontre des règles du secteur. Elle exerce le contrôle a priori et a posteriori des contenus, conformément aux dispositions de l’article 12 de la loi organique portant composition et fonctionnement du CSAC.
Ses missions sont : garantir un accès de qualité et un accès équitable à l’information. Sur le plan pratique, cela est plus compliqué. Cette institution est parfois perçue par la population comme un organe partial à cause de certaines contraintes telles que de la dépendance financière afin de rehausser sa crédibilité et de l’ingérence politique, mais aussi par ses prises de décision controversées. Les animateurs, les responsables qui gèrent cet organe proviennent des partis politiques différents. Pour les camps d’opposition qui ne sont pas au pouvoir, c’est parfois assez difficile pour eux de s’exprimer sur les médias. L’organe peut ouvrir une action contre vous, vous interdire de communiquer sur le monde numérique pendant un certain temps. Pour autant, le CSAC reste tout de même une institution reconnue qui a le pouvoir et les missions de régler le secteur des médias en RDC.
D’autres organismes luttent également contre la manipulation de l’information comme des ONG locales à savoir KOYEKOLA Center Asbl (ONG) basée à Kinshasa et qui promeut l’éducation et l’information des médias en RDC à travers la production éditoriale, les débats d’idées, la formation afin de donner la capacité aux journalistes de transmettre une information de qualité, et à la communauté de comprendre puis d’être éclairée sur des choix à faire dans la gestion de la cité ; BALOBAKI Check, qui est un site dédié à la vérification des faits (fact-checking) lancé depuis 2022 en RDC et qui a pour objectif de renforcer la démocratie en RDC à travers des formations de journalistes, l’éducation aux médias et des contenus de qualité pour lutter contre les messages de haine et les fausses informations (fake news) au sein des communautés. Ce site veille à l’intégrité de l’information dans l’espace public. Ils repèrent de fausses rumeurs et fausses informations politiques, etc. pendant (ou pas) le conflit. Ces organisations traitent particulièrement de la désinformation concernant les attaques armées et les déplacements des militaires dans des zones en conflits, etc.
En ce qui concerne les exemples concrets de manipulations de l’information, en voici une face à laquelle nous avons été confrontés récemment : avant les informations du 25 février 2026 faisant état de sa mort par une frappe de drone à Rubaya au Nord-Kivu vers 2 heures du matin, à plusieurs reprises, il a été annoncé sur les réseaux sociaux (en partie Faceboock, Whatsapp, X etc.), que Willy Ngoma (porte-parole militaire du M23) avait été tué. Cette annonce, nous l’avons reçue à des temporalités différentes et elle a été démentie à plusieurs reprises au cours des dernières années. Pour les deux ou trois premières fois, il s’agissait de désinformation. Quant à celle du 25 février 2026, sa véridicité a été confirmée par un communiqué de presse du M23 puis par les médias en RDC.
Les premières manipulations se sont déployées via une stratégie multicanale, sur les réseaux sociaux et avec l’utilisation d’images générées par intelligence artificielle. Ce sont principalement des influenceurs et d’autres acteurs comme aussi des journalistes, qui travaillent jours et nuits sur de telles questions, qui ont propagé la rumeur. Ces nouvelles provenaient d’une multitude de comptes X qui ont alors relayé la désinformation massivement, avec la technique du copy-pasta (mêmes mots, mêmes phrases, mêmes langages dans plusieurs publications de plusieurs comptes différents).
Chaque camp propage en réalité les informations qui vont à l’encontre de l’adversaire et qui vont dans leur propre intérêt. Cela crée de la confusion et des doutes. Les populations ne savent plus quelle information il faut croire, y compris les sites des journalistes qui sont pourtant généralement reconnus comme fiables. Une information relayée sur un temps court peut créer un doute sur du plus long terme auprès des populations, ce qui mène encore une fois à la création d’une confusion voire d’une contradiction entre les gens.
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