Propos recueillis par la Délégation Internationale Taïwan des Jeunes IHEDN – Le 12 octobre 2023
Quentin Robin-Hugues est co-fondateur et directeur général d’Orion International Consultants à Taipei, Taïwan. Il possède une expérience significative en tant que professionnel du secteur. Avant de créer Orion, il a travaillé en Inde et en France, accumulant plus de dix ans d’expertise dans la mesure des antennes et la compatibilité électromagnétique (CEM). Son parcours inclut également une solide expérience en vente et développement commercial, avec une focalisation particulière sur les secteurs de la défense, de l’aérospatial et des industries civiles. Fort de son réseau étendu en Asie, en Russie, en Océanie et en Amérique du Nord, Quentin Robin-Hugues a développé des relations de haut niveau dans ces régions.
En août 2023, il a été honoré en tant que Conseiller du Commerce Extérieur de la France à Taïwan par la Première Ministre, Élisabeth Borne. De plus, récemment, il a rejoint le conseil d’administration et agit en tant que consultant pour la société Aracion Technology Ltd. Ces nouvelles fonctions illustrent son engagement continu dans le développement des relations commerciales internationales et son influence croissante dans le domaine des technologies émergentes.
Quentin Robin-Hugues a récemment été interviewé par les Jeunes IHEDN en sa qualité de directeur général d’Orion International Consultants et conseillé du commerce extérieur de la France à Taïwan. L’entretien portait sur l’implantation de l’entreprise et son rôle d’assistance aux entreprises françaises dans le secteur de la défense cherchant à collaborer avec des entreprises taïwanaises. Il souligne les défis culturels et la concurrence américaine, évoque les opportunités dans le secteur spatial taïwanais, et mentionne les obstacles que la Chine pose au développement de la défense taïwanaise.
Les Jeunes IHEDN (LJI) : Vous êtes aujourd’hui directeur général de la branche taïwanaise d’Orion International Consultants. Quels sont les facteurs qui ont conduit à l’implantation d’Orion International Consultants à Taïwan ?
Quentin ROBIN-HUGUES (QRH) : Avant d’arriver à Taïwan, j’ai passé 3 ans à Bangalore. Aujourd’hui, cela fait 6 ans et demi que je suis à Taipei. À l’époque, je travaillais pour une société qui s’appelle Siepel, qui travaille dans la protection électromagnétique et dans la fabrication d’équipement de tests des composants électromagnétiques. Toute l’électronique, quel que soit le secteur, doit être testée avant d’être mise sur le marché. En 2016, on a décidé de partir plus à l’Est pour pouvoir apporter à nos distributeurs une base de soutien, qui étaient à l’époque le Japon, la Corée, la Chine, Taïwan, le Vietnam… Taïwan s’est vite placé comme une plateforme très pratique géographiquement. Il y a moins de 4 heures de vol pour rallier toutes les capitales d’Asie. Aussi en 2016, lorsque l’on a commencé les démarches et contacté le bureau de Taipei à Paris, nous avons découvert qu’ils cherchaient à faire venir des PME à Taïwan. Par rapport à d’autres pays d’Asie, il est vraiment facile de s’implanter à Taïwan et la qualité de vie est très bonne. De plus, la communauté française est soudée et ancienne, cela nous a permis de nous y sentir bien accueillis.
LJI : Pouvez-vous nous expliquer les principaux domaines de coopération ou de collaboration entre la France et Taïwan dans le secteur de la défense ?
QRH : J’ai deux réponses. La première, c’est la politique de relation de la France à Taïwan. La deuxième réponse est plus compliquée, dans le sens où diplomatiquement des résolutions ont été passées depuis fin 2021 et supportent la présence de Taïwan dans toutes les institutions internationales. Taïwan a des relations avec la Défense Conseil International (DCI) incluant les Forces Armées et la DGA en France notamment, qui construisent et entretiennent les frégates. Maintenant, au regard des relations que les Taïwanais ont avec les Américains, il n’y a rien du tout. Avec les États-Unis, il y a environ 24 milliards de dollars sur les 15 dernières années. Alors qu’en France, ce n’est vraiment rien du tout. À part le contrat de vente des frégates de 1991, il y a très peu de relations officielles et diplomatiques entre la France et Taïwan au niveau de la défense.
Je travaille avec des entreprises françaises pour les assister dans leur relation avec les sociétés taïwanaises en général et de sécurité si possible, mais aujourd’hui, tout ce qui est militaire pur, il n’y a rien. La politique chinoise empêche l’Europe d’avoir des relations dans le domaine de la défense avec Taïwan.
LJI : Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste le pôle d’Orion International Consultants dans l’aide aux entreprises de défense françaises qui cherchent à collaborer ou à établir des partenariats avec des entreprises taïwanaises ? Quels services ou expertises spécifiques pouvez-vous offrir pour faciliter cette collaboration dans le secteur de la défense ?
QRH : Le rôle d’Orion, c’est de discuter et d’accompagner des sociétés françaises en général, et pourquoi pas de défense ou de hautes technologies qui souhaitent s’exporter car elles marchent bien en France mais sont bloquées dans leur stratégie de développement à l’international. On leur apporte plusieurs choses : soit on vient suppléer leur service export, soit on l’aide à le restructurer. On vient auditer les capacités actuelles du service export qui couvre tous les aspects commercial, relations humaines, fabrication… À la fin, cela nous permet d’établir une stratégie personnalisée. Le but c’est de garder une approche qui va créer une dynamique positive dans la société. On porte une attention particulière à la technologie. J’ai un diplôme d’ingénieur et mon associé en France a 30 ans d’expérience dans des domaines assez technologiques. On n’est pas juste un cabinet de consulting, nous sommes là du début à la fin. On essaie de comprendre ce que fait la société pour leur proposer les meilleurs partenaires et clients. Ici, à Taïwan, il faut s’adapter à la « culture de l’instant » et proposer des réponses sous quelques heures.
Les boîtes traditionnelles françaises proposent cela en plusieurs semaines. Les Chinois et les Taïwanais sont dans l’instantané. On se retrouve dans des schémas dans lesquels les boites asiatiques sont rapides, alors que les Français souhaitent prendre plus de temps pour analyser. Il s’agit de l’une de nos plus grosses contraintes : faire comprendre aux sociétés françaises que la culture diffère vraiment. Cette méfiance est transposée à l’Asie en général. Nous avons une concurrence avec les États-Unis qui est énorme. Si la BITD veut venir ici, il faut qu’elle se fasse accompagner d’entreprises privées comme par des acteurs publics. Il faut comprendre la complexité du pays et envisager de s’implanter dans la durée. Taïwan n’est pas un pays pour faire du « one-shot ». Il est dur de répondre à une question aussi diplomatique. Finalement, il y a assez à faire pour des boîtes françaises à Taïwan, et elles bénéficient de nombreux organismes pour aider : le CCF, le BFT, la CCEF, La CCIFT (French Chamber Taïwan), les OSCI (groupements privés d’entrepreneurs) il faut s’associer et s’unir face à la concurrence américaine. Alors que les boîtes allemandes achètent allemand, les Américains achètent américain, les Coréens achètent coréen… Ce sentiment français que l’on est tous concurrents, cela fait partie de la difficulté du développement du business français en Asie.
LJI : Quels sont les avantages potentiels pour la France dans sa collaboration avec Taïwan dans le domaine de la défense, et comment cela s’inscrit-il dans la doctrine de l’Indo-Pacifique ?
QRH : Pour le moment, la France garde un poste d’observateur. Il y a un savoir-faire particulier, avec un budget défense qui doit être dans le top 3 des dépenses européennes. On a un vivier de boites de défense incroyable, notamment des PME. On sait faire, mais on ne sait pas dire qu’on est les meilleurs, alors que les Américains savent vendre mieux que nous. Ils vendent avec l’appui gouvernemental américain. Il y a une vraie volonté de développer la défense taïwanaise. Il y a quelques années, un contrat d’environ 15 milliards a été passé avec les Américains et cette année, Taïwan a voté un budget de plus de 19 milliards pour 2024. Mais, pour le moment il n’y a pas grand-chose, et dès que Taïwan tente quelque chose, la Chine lui met des bâtons dans les roues.
LJI : Pouvez-vous succinctement nous parler des perspectives que vous envisagez en ce qui concerne la collaboration entre la France et Taïwan dans le secteur de la défense, en tenant compte des évolutions géopolitiques et des besoins de sécurité ?
QRH : La France en tant que « pavillon France » n’était pas présente au salon de la défense à Taïwan qui ne s’était pas tenu depuis quatre ans. Il faudrait une prise de conscience du potentiel de Taïwan, mais aussi que les importations d’armes de défense soient autorisées officiellement, ce qui n’est pas le cas en raison de l’impact géopolitique et diplomatique conséquent que cela aurait. Cela va plus loin que la relation commerciale.
LJI : Avez-vous identifié des opportunités spécifiques pour les entreprises françaises dans le secteur de la défense à Taïwan, et quelles sont vos recommandations ?
QRH : Il y en a : l’an dernier, il y a eu une augmentation du budget du spatial à Taïwan avec un réinvestissement des infrastructures taïwanaises, ils ont des satellites de nouvelle génération… Il y a clairement des opportunités dans le domaine du spatial. Sur le long terme, pour les PME il y a de nombreuses aides mises en place par les autorités françaises pour augmenter les exportations : l’assurance prospection par exemple. Il faut bien se renseigner sur ce qui est existant.
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