Propos recueillis par Sébastien Callies, membre du Comité Culture et Influences – Le 2 février 2025
Alexandre Aoun est reporter et journaliste spécialiste du Liban et du Moyen-Orient.
Cet entretien analyse le retour du pouvoir politique au Liban et les enjeux de la stratégie d’influence de la France au pays du Cèdre.
Les Jeunes IHEDN (LJI) : Pensez-vous que la figure du général Joseph Aoun soit capable de provoquer une transformation profonde du Liban ?
Alexandre Aoun (AA) : L’élection de Joseph Aoun à la tête de la République libanaise le 9 janvier dernier est indubitablement un motif d’espoir pour le pays du Cèdre. L’arrivée de l’ancien chef de la troupe au palais de Baabda met fin à 24 mois de vacance du pouvoir. Ce militaire de carrière, 61 ans dans l’armée jusqu’à en devenir le général en 2017, est une personnalité de confession chrétienne les plus appréciées. Il l’est, non seulement dans les milieux militaires mais aussi dans les cercles diplomatiques. L’armée représente au Liban la dernière institution populaire qui fait consensus, notamment pour son côté aconfessionnel. Joseph Aoun est d’ailleurs le cinquième chef de l’État à avoir occupé le poste de commandant en chef de l’armée libanaise, après les mandats de Fouad Chehab (1958-1964), Émile Lahoud (1998-2007), Michel Sleiman (2008-2014) et Michel Aoun (2016-2022). Dans un pays marqué par le clientélisme et le confessionnalisme, il peut se targuer de n’appartenir à aucun parti politique. De surcroît, ce dernier a réussi à maintenir l’unité et la cohésion de l’institution militaire contre vents et marées, notamment face aux incursions djihadistes en 2017, à la crise politico-sociale de 2019 et aux ravages de la guerre contre l’armée israélienne depuis octobre 2023 qui s’est, par ailleurs, intensifiée à partir de septembre 2024.
Son élection n’aurait, en effet, pas été possible sans le chamboulement géopolitique régionale auquel nous assistons. La défaite militaire du Hezbollah face à Israël et la chute de Bachar el-Assad ont porté un lourd coup politique à l’alliance du tandem chiite au pays du Cèdre. Les partis misaient initialement sur l’homme de Zghorta, Sleiman Frangié, allié historique de Damas. Les mouvements chiites ont fini par jeté leur dévolu sur Joseph Khalil Aoun, tout en martelant qu’ils s’opposeraient uniquement à la candidature de Samir Geagea, leader des Forces libanaises.
Son élection à la tête de la présidence a été suivie de peu par la nomination de Nawaf Salam en tant que Premier ministre. Après les accords de Taëf en 1989, c’est le chef du gouvernement qui a le plus de responsabilité et non le président. L’ancien juge de la Cour internationale de Justice a la lourde tâche de nommer les ministres en prenant soin de ne froisser aucune communauté, au risque d’entraîner des blocages institutionnels. De surcroît, aujourd’hui, la formation d’un gouvernement est également sujette à la pression internationale. L’arrivée de Joseph Aoun est un changement important pour le Liban mais ne constitue pas pour autant une transformation profonde. Le pays reste englué dans un jeu confessionnel préjudiciable. Toutefois, pour certains libanais, le 9 janvier 2025 est considéré comme la troisième indépendance après celle de 1943 et celle de 2005.
Pour le début de son mandat, Joseph Aoun doit faire face au défi israélien. Les troupes israéliennes sont toujours stationnées dans plusieurs localités du sud du Liban, alors que les clauses du cessez-le-feu prévoyaient leur retrait le 26 janvier dernier. Tel-Aviv accuse l’armée libanaise de ne pas mettre la main sur les armes du Hezbollah. Dans un jeu équilibriste risqué, l’ancien militaire devra dompter les ardeurs du parti chiite et faire preuve de fermeté vis-à-vis du voisin du sud.
LJI : Pourquoi la France doit-elle intensifier son soutien et son rôle d’influence au Liban pour soutenir ce nouvel élan d’espoir ?
AA : Depuis plusieurs années, la France dispose d’une relation privilégiée avec Joseph Aoun. Celui-ci s’est déjà rendu à plusieurs reprises à Paris. Emmanuel Macron s’est aussi déplacé au Liban, le 17 janvier dernier, pour apporter son soutien à cette transition. Le président avait missionné Jean-Yves Le Drian comme émissaire en juin 2023 pour tenter de solutionner la crise politique libanaise. Le diplomate rencontrait les dirigeants du pays du Cèdre leur exhortant de se mettre d’accord sur un candidat. Ces allers-retours étaient parfois critiqués par des Libanais qui n’y voyaient aucun intérêt. Or, pour avoir plus de poids diplomatiquement, la France fait partie du quintette, qui regroupe les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Egypte. Ce comité a pour but d’aider le Liban à se stabiliser politiquement et a soutenu la candidature de Joseph Aoun. Ce soutien a été perçu comme synonyme de soumission aux exigences de Washington par le tandem chiite Amal-Hezbollah qui voulait imposer son candidat Sleiman Frangié à la tête de la République libanaise.
Outre le soutien constant des Américains, notamment face à l’influence du Hezbollah, l’armée libanaise a également reçu des aides financières du Qatar, de la France et de l’Union européenne. À ce propos, une conférence internationale organisée à Paris en octobre 2024 a permis de lever 200 millions de dollars pour l’armée.
Pour continuer d’être un partenaire de premier rang au Liban, la France ne doit pas commettre les mêmes erreurs que dans le passé en soutenant des politiciens plus attachés au pouvoir qu’à la stabilité du pays. Pour éviter de se mettre à dos la communauté chiite et laisser l’Iran réinvestir seul le sud-Liban pour la reconstruction des villages et infrastructures, Paris pourrait proposer un plan pour soutenir les initiatives locales et les associations non-partisanes. Toutefois, la France n’a plus les moyens de ses ambitions au pays du Cèdre et son budget alloué au Liban ne lui permettra pas de concurrencer les futurs investissements des pétromonarchies du Golfe. Paris doit néanmoins redevenir une boussole politique pour Beyrouth en faisant pression sur l’État hébreu pour qu’il cesse ses violations de l’accord de cessez-le-feu.
Le Liban est la porte d’entrée de la France au Moyen-Orient. Sa perte d’influence depuis plusieurs années n’est pas rédhibitoire tant la valse des alliances est changeante au pays du Cèdre. En misant sur Joseph Aoun et en appuyant la transition, Paris obtiendra assurément certains dividendes de la paix.
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