Mois des mémoires : Entretien avec Élie Falco et Fernand Moireaux

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MOIS DES MÉMOIRES : Entretien avec Élie Falco et Fernand Moireaux

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[ INTERVIEW ]

Propos recueillis par Paulin Devanlay, membre de la délégation Auverge-Rhône-Alpes – Le 16 octobre 2023

À propos des invités

Élie Falco

Monsieur Elie Falco est secrétaire général du comité départemental de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) du Rhône, secrétaire général de la FNACA de Villeurbanne, secrétaire général de l’Union Française des Associations de Combattants et de victimes de guerre (UFAC) de Villeurbanne. Il est né en France de parents d’origine italienne et en 1958 au recensement, son choix est d’effectuer son service militaire pour une durée de 28 mois (France et Algérie) dans le RIMA (Régiment d’Infanterie de Marine) au Service Santé.

Fernand Moireaux

Monsieur Fernand Moireaux est Président de l’Union Nationale des Combattants Villeurbanne (UNC) depuis 1977 et il en est le Président depuis 2010. Il fait son service militaire en 1958 au 7e BCA basé à Bourg-Saint-Maurice. Après 4 mois de formation il est envoyé durant 3 mois à Chambéry pour l’école de sous-officier soit un total de 7 mois en France, puis 21 mois en Algérie, en Kabylie, d’abord au 7e BCA, puis 13e BCA, 121e RI et enfin 277e CCA.

À PROPOS DE L’INTERVIEW

Le mois de novembre est un mois connu pour ses commémorations, principalement celle du 11 novembre, date de l’armistice de la Première Guerre mondiale, en 1918. Plus d’un siècle après, l’ensemble des combattants ont disparu, mais pourtant le souvenir demeure afin de ne pas oublier ceux qui se sont battus et sont morts pour la France. Ce souvenir est possible grâce aux associations d’anciens combattants, grâce à l’école, grâce à des structures comme le Souvenir Français ou bien l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, qui se mobilisent afin de transmettre aux futures générations les histoires, les mémoires de ceux qui ont vécu la Grande Guerre. 

Mais il n’existe pas qu’une seule mémoire. Au contraire, elles sont multiples et font partie intégrante de l’Histoire, même si l’Histoire ne se compose pas uniquement des mémoires. C’est pourquoi dans le cadre du mois des mémoires, organisé par les Jeunes IHEDN de Clermont-Ferrand et les Engagés, nous souhaitons aborder et mieux comprendre les enjeux que représentent l’articulation des mémoires des différents conflits, qui parfois s’opposent entre elles, se complètent, se chevauchent.

Mais il est nécessaire d’en comprendre la globalité afin de faire vivre le passé, éviter de reproduire certaines erreurs dans l’avenir et le présent. C’est dans ce cadre que nous avons choisi de nous entretenir avec deux représentants d’associations différentes mais œuvrant pour la mémoire des combattants.

INTERVIEW

Paulin Devanlay – Les Jeunes IHEDN (JI) : Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Élie Falco (ÉF) : La Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) est composée, dans le département du Rhône, de 52 comités locaux et à la date du 30 septembre 2023 le nombre d’adhérents, veuves comprises, est de 3 985. Le Comité départemental est dirigé depuis 32 ans par Louis Dreux, chevalier et officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, Président départemental de la FNACA, Vice-Président national, responsable national de 14 régions, secrétaire national.

Tous les 2 ans, il y a organisation d’un congrès national et tous les 2 ans il y a également organisation d’un congrès départemental. Toutes les années, en février et en septembre, organisation de réunions des secteurs, le comité départemental étant composé de 6 secteurs.

Le comité départemental dispose également d’une commission juridique et sociale pour toute aide apportée aux veuves d’Anciens Combattants (carte de ressortissant de l’ONACVG) et aide financière accordée également aux anciens combattants. La FNACA nationale comporte 220 642 adhérents à la date du 30 septembre. Chaque département a sa propre structure, sa propre organisation et dans le Rhône existent 52 comités.

Le comité départemental organise une réunion de bureau et organise 4 réunions du conseil d’administration par an. Les membres du bureau mettent en exergue les informations et décisions prises par un vote à main levée par un travail efficace et rassembleur. Ce travail continue et les prochaines années seront encore marquées du sceau de l’exigence et de valeurs militaires qui sont les nôtres.

Fernand Moireaux (FM) : Pour nous à l’Union nationale des combattants (UNC) sur le département, c’est un peu le même principe. On a une réunion mensuelle avec un conseil d’administration qui rassemble donc toutes les associations une fois par mois au siège. Chacun s’exprime, les problèmes qui y sont abordés, qu’ils soient tranchés ou pas tranchés, ça passe au vote, si ça passe, ça passe sinon on recommence. Autrement, sur Paris, je n’en parlerai pas car je n’y suis pas. Aussi, contrairement à la FNACA, ce qui est une différence, un président peut l’être sur plusieurs communes. Par exemple, je suis président du comité de Villeurbanne, Bron et Vaulx-en-Velin. Aussi, sur le Rhône nous sommes 2 000 adhérents.

JI : Quelles sont les principales actions d’une association d’anciens combattants ?

ÉF : Nous faisons une réunion tous les mois à l’issue de laquelle un compte-rendu est publié et envoyé à tous les présidents des 52 comités locaux ainsi qu’aux membres du conseil d’administration départementale.

L’obtention de la carte du combattant pour les anciens combattants est acquise pour les années allant de 1952 à 1962 ; avec un prolongement jusqu’en 1964. Mais certains, encore, ne peuvent pas obtenir leur carte du combattant à cause de la période des 120 jours exigée à ce jour. Mais à ce titre, une action est entreprise pour réduire la période des 120 jours à une période de 90 jours.

FM : Je crois que tu pourrais dire quand même que vous avez obtenu des tarifs importants…

ÉF : Oui, le président départemental Louis DREUX, a créé une commission de transport (métro, tramways, bus) il y a 16 ans, auprès des autorités compétentes de KEOLIS, la société de transport. Finalement, après tout ce travail, le président départemental DREUX et sa commission ont obtenu une gratuité partielle, pas seulement pour la FNACA mais bien pour tous les anciens combattants du Rhône et les veuves d’anciens combattants pour seulement 10 euros par mois.

FM : Alors nous pour les actions, ce sont surtout des cérémonies patriotiques, toutes les fêtes légales. On participe aux cérémonies, dépôt de gerbe ou pas dépôt de gerbe – ce n’est pas toutes les fois – toutes les cérémonies qui sont à la nécropole, on y est quasiment à chaque fois avec l’UNC et souvent aux côtés de la FNACA. Les cérémonies de Lyon c’est identique. Mais ce qui est triste, c’est que pour les cérémonies publiques souvent nos élus n’y sont pas.

ÉF : Moi, je représente la FNACA, et Fernand Moireaux l’UNC, mais tous les deux, nous sommes à l’Union Française des Associations de Combattants et de victimes de guerre (l’UFAC) de Villeurbanne alors nous nous rencontrons quelquefois et nous travaillons ensemble. On partage et on discute des mêmes propositions dans un bon esprit constructif. L’organisation des UFAC est locale, départementale et nationale. Par exemple, pour nos frères d’armes, morts pour la France, certains ont été inhumés dans des tombes de famille mais dont certaines restent aujourd’hui à l’abandon. Que devient donc la dépouille ? Le président départemental a demandé que toutes les municipalités recensent les morts pour la France sur leur commune afin que les cendres reposent dans une sépulture (carré militaire ou sépulture spéciale).

JI : Alors que la France n’a plus connu de guerres majeures depuis les années 60, notamment sur son territoire, comment peut-on s’adresser à ces nouvelles générations qui n’ont pas connu ces épreuves du XXe siècle ? Quels sont les enjeux pour les associations des anciens combattants pour perpétuer ces mémoires et les faire vivre ? Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

ÉF : Ce qu’il faut dire, c’est que tout disparaît un peu. Ceux d’Indochine malheureusement… Et à ce jour la plus importante famille d’anciens combattants est celle qui a combattu lors de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. 

Mais il y a encore des choses à faire, des choses à obtenir dans les droits et les revendications. Pour faire vivre cette mémoire auprès de la jeunesse c’est donc tout un ensemble d’acteurs en direction des écoles et des collèges. Il est aussi possible de faire venir le SNU ou les Cadets de France et ils participent en général aux cérémonies. 

JI : Quel est le profil type de vos membres – s’il en existe ?

ÉF : Pas vraiment, toutefois de nos jours, il est difficile de recruter de bonnes âmes pour les prises de responsabilités.

JI : Dans quelle mesure intégrez-vous la mémoire des nouveaux anciens combattants, ceux qui font partie de l’armée professionnelle d’aujourd’hui et qui ont connu les OPEX ?

FM : Nous on n’arrive pas à les recruter. Quand ils quittent l’armée, ils ont tout ce qu’il faut. Ils ont les mutuelles, ils ont les renseignements, ils ont plus de renseignements que nous. On peut discuter avec eux mais on n’arrive pas vraiment à les accrocher. Ce n’est pas tout à fait la même mentalité.

[Le représentant de la FNACA n’a pas souhaité s’exprimer sur cette question.]

JI : Est-ce que pour vous, intégrer la mémoire des combattants partis en OPEX serait similaire à celle des anciens combattants de la Guerre d’Algérie par exemple ?

FM : Non pas vraiment. Ils n’ont simplement pas le même parcours que nous. Les OPEX ça va être la Yougoslavie, l’Afghanistan, le Liban,  le Niger… On n’a pas le même parcours qu’avec les appelés, on n’a pas vécu les mêmes choses.

JI : Pour terminer cet entretien, quel message souhaiteriez-vous adresser au grand public, et notamment à la jeunesse, par rapport au devoir de mémoire ?

ÉF : On souhaite s’ouvrir vers la jeunesse en diffusant un maximum d’informations par des rencontres, des conférences dans les écoles et les collèges en accord avec l’ONACVG et l’Éducation Nationale. 

FM : Je crois que la jeunesse ne s’y intéresse pas beaucoup. Je crois que c’est du passé et les jeunes ne s’imaginent pas ce que c’était. Et puis il faut reconnaître qu’aux cérémonies des jeunes, on n’en voit pas beaucoup.

ÉF : On peut signaler aussi qu’à ce jour et d’une façon générale les cérémonies sur le département du Rhône ont connu une légère baisse de popularité ces deux dernières années à cause de l’avancement en âge des adhérents et de l’état de santé de certains. Toutefois, notre anniversaire du 19 mars 1962 au Mémorial départemental de Bron-Parilly remporte chaque année un grand succès par la présence de plus de 100 drapeaux et d’une assistance nombreuse.

FM : Pour nous aussi à l’UNC, quand c’est à Paris, ça fonctionne encore. Une cérémonie qui réunit toutes les associations est organisée tous les ans au monument départemental, et tous les ans ça change pour la lecture du discours. Là, ça amène quand même un peu de monde mais pas de jeunes. Ce qu’il y a aussi et ce que j’aimerais dire, c’est que le 2 septembre à l’occasion de la libération de Villeurbanne il y a eu une cérémonie avec dépôt de 7 gerbes le samedi. Le lundi matin suite à un entretien téléphonique, on m’annonce que les gerbes ont été profanées et que tous les rubans ont été volés.

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