Propos recueillis par Aymeric Pochat, membre de la délégation Luxembourg – Le 23 mai 2024
Juriste de formation, elle a rejoint le parti écologiste luxembourgeois Déi Gréng en 2005. Elle fut la porte-parole et présidente du parti de 2009 à 2014, échevine (équivalent d’adjointe au maire) de la Commune de Luxembourg de 2013 à 2017, et Conseillère d’État de 2015 à 2018. Elle intégra ensuite le gouvernement Bettel II, une coalition regroupant le Parti démocratique DP, le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois LSAP et Les Verts Déi Gréng. Sam Tanson occupa les postes de ministre du Logement de 2018 à 2019, ministre de la Culture de 2018 à 2023 et ministre de la Justice de 2019 à 2023. Députée au parlement luxembourgeois depuis novembre 2023, elle est notamment membre de la Commission de la Défense et de la Commission des Affaires étrangères et européennes.
L’objectif de cet entretien est de présenter le rôle du Luxembourg en matière de défense. Membre fondateur de l’Union européenne et de l’OTAN, siège d’institutions européennes et de l’agence NATO Support and Procurement Agency (NSPA) de l’OTAN et grand centre financier, l’engagement du Luxembourg reste néanmoins peu connu. La députée Sam Tanson nous éclaire sur les objectifs du pays, plus particulièrement dans le domaine spatial et la cybersécurité, et sur le rôle du Luxembourg dans la défense collective au sein de l’UE et de l’OTAN.
Les Jeunes IHEDN (LJI) : Pourriez-vous, tout d’abord, décrire les grands axes de la stratégie de défense du Luxembourg. Comment le pays se place-t-il dans le système de défense de l’UE et de l’OTAN ?
Sam Tanson (ST) : Sur le plan des relations internationales, le Luxembourg fut un pays neutre pendant le premier siècle de son existence en tant qu’état indépendant. Ce n’est qu’en 1940, après la deuxième invasion par l’Allemagne en l’espace de trois décennies, que les responsables politiques luxembourgeois se sont rendus à l’évidence qu’une stricte neutralité ne saurait protéger efficacement l’indépendance et les intérêts vitaux du Grand-Duché.
Depuis 1945, la politique de défense du Luxembourg met donc l’accent sur la coopération internationale, le multilatéralisme et la participation aux organisations de sécurité collective, principalement à travers ses rôles au sein de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
LJI : Actuellement, à quelles missions internationales le Luxembourg participe-t-il ? La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pourrait-elle être une alternative à l’OTAN, permettant aux Européens d’assurer seuls leur propre défense ? Cela est-il souhaitable ou possible ?
ST : L’Armée luxembourgeoise participe au groupement tactique en Lituanie depuis 2017 et soutient la posture de dissuasion et de défense renforcée au sein de la « Enhanced Forward Presence (eFP) ». Un déploiement dans le cadre des « Enhanced Vigilance Activities (eVA) » en Roumanie est assuré depuis 2023 et l’armée participe également à la mission d’assistance militaire de l’Union européenne pour l’Ukraine (EU Military Assistance Mission for Ukraine – EUMAM Ukraine). Par ailleurs, l’Armée répond à ses obligations au sein de la « Very High Readiness Joint Task Force(VJTF) ».
À nos yeux, la PSDC de l’Europe devrait à terme effectivement permettre à l’Europe d’assurer sa propre défense. Or, cela ne veut pas dire qu’il devrait s’agir d’une alternative à l’OTAN, mais plutôt d’un complément puissant à l’engagement aux côtés de nos partenaires stratégiques dont notamment les États-Unis. En ce qui concerne la possibilité d’une véritable politique de défense commune et efficace de l’Europe, il s’agit en fin de compte d’une question de choix. Avec une population de 450 millions d’habitants et une économie parmi les plus puissantes au monde, la capacité d’organiser une défense existe clairement. Alors que notre parti entretient depuis toujours des liens étroits avec des organisations de la société civile engagées en faveur de la paix, nous sommes pleinement conscients qu’avec la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, la question sécuritaire se pose de façon plus aigüe que durant les dernières décennies. Il faudra en tenir compte, bon gré, mal gré.
LJI : Quelles sont les ambitions du Luxembourg dans le domaine de la défense ? Dans quels domaines le pays compte-t-il investir dans les prochaines années ? Pourquoi ces choix ?
ST : En tant que petit pays, le Luxembourg tente d’adopter une approche stratégique dans ces contributions pour maximiser son impact au profit de ces structures tout en garantissant des retombées pour son économie et sa société. Concrètement, cela se manifeste par exemple dans une spécialisation dans le domaine de la cyberdéfense. Nous estimons qu’il s’agit là du chemin à suivre également pour les années à venir, tout en prenant évidemment en compte les besoins des organisations dont nous faisons partie.
LJI : Le secteur de la défense nécessite une proche collaboration entre l’État et la société. Comment et avec quels acteurs de la société luxembourgeoise l’État coopère-t-il ? Le Luxembourg envisage-t-il le retour du service militaire, comme cela est étudié dans certains autres pays européens, ou bien la création d’une réserve militaire ?
ST : Dans la logique de la focalisation sur la cyberdéfense et aussi de l’espace, la collaboration entre l’État et les acteurs de la société civile porte souvent sur ces domaines. Ainsi, la société de satellites SES est un des partenaires clés. Une réintroduction du service militaire n’est pas envisagée et il ne s’agit pas d’une revendication des principaux partis politiques luxembourgeois.
LJI : Le projet de loi du 14 août 2018 autorise le Gouvernement à acquérir, lancer et exploiter un satellite et son segment sol destinés à l’observation de la Terre. Que signifie cette loi pour le secteur spatial au Luxembourg, et plus particulièrement pour le projet LUXEOSys ?
ST : LUXEOSys est un système satellitaire gouvernemental d’observation de la terre, livrant jusqu’à 100 images optiques de très haute résolution par jour. Le système comprend un satellite et son segment sol. Le satellite d’observation nommé « NAOS » (National Advanced Optical System), équipé d’une caméra à très haute résolution, sera placé à environ 450km sur une orbite basse polaire et effectuera 15 rotations autour de la terre par jour, ce qui permettra de prendre des images de l’ensemble de la terre. Le lancement est prévu entre octobre 2024 et janvier 2025. Au cours des dernières années, il y a eu des discussions politiques récurrentes sur la gestion du projet, notamment en ce qui concerne différentes lacunes présentes lors de la phase d’élaboration de la loi de 2018, qui ont rendu nécessaire une deuxième loi de financement déposée en 2020. Le gouvernement actuel vient d’annoncer qu’en raison de plusieurs retards et problèmes, il compte désormais lancer le satellite avec la société américaine SpaceX et non pas avec l’opérateur européen Arianespace.
LJI : Le Luxembourg Cyber Defence Cloud (LCDC) sera un environnement cloud privé, hébergé au Luxembourg. Ce projet fait partie de la stratégie luxembourgeoise en cybersécurité. Quels sont les objectifs du pays dans ce domaine ?
ST : La Stratégie de cyberdéfense du Luxembourg à long terme (10 ans) a été rédigée conjointement par la Direction de la défense et l’Armée luxembourgeoises. Elle vise à renforcer la résilience de la défense luxembourgeoise en protégeant ses actifs et ses capacités contre les activités cybernétiques malveillantes. À côté de cet objectif primaire, elle vise également à contribuer au développement d’une main-d’œuvre qualifiée au Grand-Duché, à soutenir les capacités du secteur privé et à honorer les engagements envers l’OTAN et l’Union européenne.
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