Entretien avec Nicolas Bouverot, Responsable régional de Thales pour la région Asie

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[ VALISE DIPLO #1 ]

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ENTRETIEN AVEC NICOLAS BOUVEROT, RESPONSABLE RÉGIONAL DE THALES POUR LA RÉGION ASIE

Propos recueillis par Kathleen MARTIN, déléguée internationale des Jeunes IHEDN à Singapour, et Mattéo AMADORI, délégué international adjoint de la même délégation – le 21 novembre 2023.

À propos de l'invité

Nicolas BOUVEROT

Nicolas BOUVEROT, actuellement responsable régional de Thales pour la région Asie, possède une expérience de cinq ans dans cette fonction stratégique. Son rôle englobe initialement les pays d’Asie du Sud-Est avant d’inclure certains pays d’Asie du Nord. Chargé de piloter l’action du groupe dans tous les pays asiatiques situés entre la Chine, l’Inde et l’Australie (en excluant ces pays), il apporte une perspective unique sur les défis et opportunités liés à la sécurité technologique dans cette région dynamique. Fort de sa fonction de directeur régional, Nicolas Bouverot offre une compréhension approfondie des enjeux liés à la base industrielle et technologique de défense française en Asie.

À PROPOS DE L’INTERVIEW

L’interview que vous vous apprêtez à lire offre un éclairage précieux sur les exportations de la base industrielle et technologique de défense française dans la région de l’Indo-Pacifique. Sollicité par la délégation internationale de Singapour, Nicolas Bouverot partage son expertise approfondie sur ce sujet. Cette discussion explore les intrications géopolitiques complexes des mécanismes d’offre et de demande d’armement, la concurrence sur le marché, la typologie des clients, et d’autres aspects cruciaux qui jouent un rôle central dans la sécurité nationale.

Cet interview s’inscrit dans le dossier relatif aux exportations d’armement de la France en Indopacifique. Coordonné et piloté par le pôle international des Jeunes IHEDN, ce dernier vise à alimenter les réflexions de l’ensemble des délégations internationales de l’association tout en y associant ses autres entités (comités d’étude et délégations régionales).

INTERVIEW

Les Jeunes IHEDN (LJI) : L’Indopacifique occupe une place cruciale dans les dynamiques géopolitiques mondiales en raison de son rôle stratégique tant sur le plan économique que sécuritaire. Cette vaste région est le foyer d’une croissance économique significative, abritant des voies maritimes vitales et des centres névralgiques du commerce international. Les enjeux politiques et géostratégiques dans cette zone ont des implications globales façonnant les relations internationales. Selon vous, comment le contexte géopolitique en Indopacifique influence-t-il la stratégie commerciale de Thales et d’autres entreprises françaises d’armement dans la région ?

Nicolas BOUVEROT (NB) : Tout d’abord, je vais apporter deux précisions. Je ne vais pas couvrir l’Indopacifique dans son ensemble, et souhaite plutôt me concentrer sur l’Asie (en excluant la Chine, l’Inde et l’Australie). De plus, je vais me limiter à ce qui concerne Thales, laissant aux autres industriels le soin de s’exprimer sur les sujets dont nous allons discuter aujourd’hui.

La première remarque que je ferais, c’est qu’effectivement, il existe actuellement des enjeux politiques très forts, notamment autour de Taiwan et de la Corée du Nord, ainsi que des aspirations de plus en plus expansionnistes de la Chine. Géopolitiquement, l’Asie est devenue le centre de gravité du monde, avec un transfert du Moyen-Orient vers l’Asie en raison de la montée en puissance hégémonique de la Chine. De plus, l’économie générale de l’Asie du Sud-Est est très favorable, avec de bonnes conditions économiques, une croissance des PNB (Produit National Brut) en constante progression dans quasiment tous les pays de la zone, créant des conditions propices pour tous les sujets dont traite Thales.

Nous observons une stabilité relative dans la région, contrairement à celle de l’Europe de l’Est ou du Proche-Orient. Bien que des fortes tensions soient présentes en Asie, aucune situation de conflit armé n’est à déplorer à ce jour. Ces éléments favorables incitent Thales à investir massivement dans la région en termes d’effectifs, avec une croissance nette et une visibilité accrue grâce à des participations importantes lors d’événements régionaux. Nous constatons également des visites fréquentes de notre Direction, en particulier de notre Président et CEO Patrice Caine, qui se rend régulièrement en Asie. Nous cherchons à rendre Thales de plus en plus visible et à investir localement pour renforcer nos capacités.

Par ailleurs, en plus du contexte géopolitique et économique mentionné précédemment, les deux dernières années de pandémie de Covid-19 ont également eu des impacts significatifs dans la zone, avec une demande accrue de localisation d’activités et de souveraineté. Notre stratégie intègre fortement cette dimension de localisation pour être plus proche de nos clients, offrant un premier niveau de support local (voire plus dans certains cas) et anticipant d’éventuelles situations similaires à la pandémie de Covid-19.

Enfin, le contexte géopolitique nous a conduit à réorganiser notre structure chez Thales. Jusqu’en 2022, nous avions une organisation distincte pour l’Asie du Sud-Est et une autre pour la Chine et l’Asie du Nord. En raison des évolutions en Chine, nous avons décidé en 2022 de faire de la Chine une région autonome, regroupant la Chine, Hong Kong et la Mongolie, tandis que Taiwan, le Japon et la Corée ont été rattachés à ce qui était précédemment l’Asie du Sud-Est, créant ainsi la zone Asie que nous connaissons aujourd’hui, afin d’adopter une approche plus cohérente avec le contexte géopolitique actuel.

LJI : Le rapport parlementaire de 2023 sur les exportations d’armement souligne que ces exportations sont un élément central des partenariats stratégiques de la France avec ses alliés. De quelles manières les relations bilatérales entre la France et les nations de l’Indopacifique influent-elles sur les opportunités commerciales pour Thales et d’autres entreprises françaises d’armement ? Comment le Groupe contribue-t-il aux partenariats stratégiques en matière de défense dans la région ? Y a-t-il des synergies d’actions avec les institutions françaises présentes ?

NB : Dans les métiers exercés par Thales, notamment dans le domaine de la défense, mais pas uniquement, car nous sommes une société duale, les relations de gouvernement à gouvernement (G-to-G) sont extrêmement importantes. On ne choisit pas simplement ses fournisseurs de systèmes de défense pour des raisons technologiques ou commerciales, mais il y a également une forte dimension où le gouvernement intervient. Aujourd’hui, nous bénéficions de la profondeur des institutions françaises dans la région, en particulier sur le plan diplomatique. Le réseau français est sans égal, avec des ambassades dans quasiment tous les pays, et des attachés de défense. Cela se démarque nettement par rapport à d’autres concurrents d’autres nationalités. La densité et la profondeur du réseau diplomatique français nous sont extrêmement utiles.

En dehors de cela, nous avons des institutions telles que la Direction Générale de l’Armement (DGA), avec des attachés d’armement localisés dans certaines ambassades, ainsi qu’une présence marquée de la DGA dans quasiment tous les salons de la zone. De plus, un certain nombre d’accords stratégiques de défense, tels que les DCA (Defence Cooperation Agreement), ont été mis en place avec certains pays alliés de la région, ce qui nous apporte un soutien considérable. Un exemple concret d’accord G-to-G est celui entre la France et Singapour. Le comité SAFARI (Singapore and France Advanced Research Initiative) est en place depuis longtemps, offrant un cadre où nos contributions ont permis de nous positionner sur des technologies, mettant en avant notre savoir-faire, notamment dans les domaines des radars, sonars et radios numériques. Récemment, un accord sur l’intelligence artificielle entre Singapour et la France a été signé dans le domaine de la défense, avec la création d’un Joint Lab. En tant qu’industriel, nous nous positionnons pour participer à ce projet. Nous avons beaucoup à valoriser, notamment nos compétences en intelligence artificielle, ainsi que notre expérience dans l’animation de Joint Lab que nous avons déjà développés avec d’autres partenaires civils.

Un deuxième exemple pertinent pour toute personne s’intéressant à la région est la création d’une Joint-Venture en Indonésie, pays où nous avons connu de beaux succès récemment, notamment avec l’acquisition d’avions Rafale. Thales joue un rôle crucial aux côtés de Dassault Aviation dans la fourniture de ces avions, car nous fournissons les radars, des systèmes de guerre électronique, les communications et l’avionique, représentant une part importante du contrat. Sans une relation solide et un accord G-to- G, cela n’aurait probablement pas été possible. Il est très clair que ce modèle d’association entre État et industriels est un tandem indispensable à la réussite d’une société comme Thales dans la région.

LJI : Dans le complexe panorama de l’Indopacifique, caractérisé par une diversité marquée et des exigences nationales variables, Thales opère de manière dualiste en fournissant des solutions tant civiles que militaires. En se focalisant sur le secteur de la défense, de quelle manière le Groupe adapte-t-il son offre pour répondre aux besoins spécifiques de ses clients asiatiques en tenant compte des variations et des exigences propres à chaque pays ? De quelle manière cette approche sur mesure confère-t-elle à Thales un avantage concurrentiel distinct dans la région, renforçant sa capacité à répondre efficacement aux défis sécuritaires locaux ?

NB : Ce que nous avons observé, déjà sous-jacent avant la pandémie de Covid-19 et mis en lumière pendant cette période, c’est la notion de souveraineté et d’autonomie stratégique. À l’exception de petits pays, la grande majorité de nos clients attache une grande importance à disposer dans leur pays de capacités leur permettant de maintenir, faire évoluer et adapter les systèmes qu’ils acquièrent. C’est quelque chose que nous avons immédiatement reconnu chez Thales et qui se combine avec notre philosophie générale de partager notre savoir avec nos clients stratégiques. Nous avons mis en place plusieurs initiatives, dont certaines sont du domaine public, comme la création d’un Defence Hub à Singapour. Ce centre n’a pas seulement pour mission de fournir du support et de la maintenance pour notre base installée à Singapour, mais comporte également un volet engineering. Notre ambition est également de développer des logiciels, voire d’adapter les systèmes que nous livrons à nos clients en fonction de besoins spécifiques locaux. Il y a aussi un volet amont en recherche et développement (R&D) pour discuter avec nos clients des évolutions à moyen et long terme. Cette initiative est nouvelle, et nous prévoyons d’avoir plus d’une cinquantaine de personnes dans ce Defence Hub, en fonction bien sûr des contrats que nous octroieront nos partenaires singapouriens.

De manière similaire, et comme évoqué ci-dessus, nous avons décidé de créer une Joint-Venture avec PT Len Industri en Indonésie pour soutenir notre base installée, la faire vivre et développer des solutions spécifiques afin, éventuellement, d’adresser un marché régional. Cette initiative n’est pas encore en place, mais nous sommes en train de la mettre en œuvre.

Nous nous rapprochons de certains de nos clients, nous sommes ouverts aux transferts de savoir-faire technologiques et dans certains cas, aux coentreprises ou aux acquisitions (M&A) de structures existantes. C’est une approche bien perçue par nos clients, en accord avec l’importance de la pérennité et réduisant les niveaux de risques. Cette dimension a été l’une des clés de notre succès.

LJI : Au sein de cette région vaste et diversifiée qu’est l’Asie, englobant de nombreux pays, quels marchés émergents captivent l’intérêt de Thales, et quelles sont les principales raisons qui motivent cette attention particulière ?

NB : La zone est vaste, et il est difficile de mettre en avant certains pays plutôt que d’autres. Tout à l’heure, nous avons mentionné l’Indonésie, un pays aux enjeux majeurs et aux succès notables ces dernières années, avec un fort potentiel. Actuellement, nous avons un marché adressable en forte croissance. Ces dernières années, le pays a réalisé qu’il avait sous-investi dans ses capacités de défense, et le ministre de la Défense Prabowo Subianto a été très clair sur la nécessité de moderniser ces capacités. En raison de la taille du pays, qui est la plus grande économie de la zone, les enjeux sont naturellement importants en volume. L’Indonésie a clairement affiché sa volonté d’être non alignée et indépendante des autres grandes puissances, ce qui nous place dans une position favorable et augmente nos chances de succès. Un élément déterminant est qu’il existe une volonté d’investir pour atteindre un niveau technologique très élevé, évitant ainsi de procéder graduellement et de rester en retard par rapport à certains pays plus proactifs. Cette aspiration pour effectuer un saut de génération, pour accéder immédiatement à la meilleure technologie, permet à Thales de bien se positionner, avec nos systèmes de qualité et performances supérieures.

Un autre pays sur lequel nous portons actuellement une grande attention est le Japon qui a annoncé son intention de doubler le budget de défense entre 2022 et 2027. Même si l’on peut avoir l’image d’un Japon pacifiste, le budget de la défense et de la sécurité du Japon était déjà l’un des plus importants de la région, créant forcément des opportunités pour nous.

Cependant, il n’y a aucun pays dans la zone sur lequel nous n’avons pas d’ambitions ou de perspectives. Nous sommes très vigilants et actifs, en fonction du calendrier politique, car nous sommes fortement dépendants de la stabilité politique des pays. Avec les élections au Bangladesh et en Indonésie en début d’année, nous espérons que cela déclenchera une période de stabilité ou de continuité.

Sans exclure aucun pays de la zone, si je devais effectivement en citer deux par leur marché adressable ou les opportunités émergentes, ce serait l’Indonésie et le Japon.

LJI : Explorons dans cette seconde partie, les perspectives commerciales, les innovations et le rôle de Thales dans la région asiatique, un territoire marqué par des enjeux multiples. Le groupe Thales ayant réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de près de 17,6 Mds d’euros, quelle part représente l’Asie dans le chiffre d’affaires global du groupe et observez-vous des évolutions dans les tendances de la demande de la clientèle asiatique ? Pourriez-vous nous éclairer sur le parcours remarquable de Thales en Asie, en mettant en lumière le nombre croissant de bureaux et de personnel dans la région ? Quels ont été les principaux défis dans le développement de la présence de Thales en Asie au fil des ans ? Pouvez-vous partager des exemples de projets réussis où Thales a contribué au renforcement des capacités militaires d’une nation en Indopacifique, tout en favorisant des relations commerciales durables ?

NB : Sans entrer dans les détails chiffrés, il est à noter que la contribution de l’Asie au chiffre d’affaires et aux prises de commandes de Thales est en constante progression. Cette évolution se reflète dans notre vaste présence physique, en contraste avec la tendance « Fly-in Fly-out » adoptée par d’autres concurrents. Thales maintient des représentations permanentes dans chaque pays significatif de la région, tissant des liens étroits avec nos clients et partenaires.

Cette stratégie est récemment mise en lumière par l’ouverture d’un nouveau bureau à Dacca, au Bangladesh, un exemple concret de notre engagement envers des marchés prometteurs comme celui-ci. Actuellement, avec des bureaux Thales dans tous les pays significatifs de la région, nous maintenons un contact régulier et approfondi avec toutes les parties prenantes. Plus de trois mille personnes contribuent à nos opérations en Asie, un nombre qui devrait augmenter en réponse à la croissance continue de la région.

En ce qui concerne les tendances émergentes, nous observons un intérêt croissant pour les « Unmanned Systems », tels que les drones aériens, sous-marins et de surface. Cette tendance, déjà bien établie dans des pays comme Singapour, trouve son origine dans la nécessité de pallier la pénurie de personnel militaire. Les événements en Ukraine ont amplifié l’utilisation des drones dans des missions périlleuses, démontrant ainsi leur polyvalence. Deux autres tendances notables incluent la croissance du numérique et de la cyber-sécurité, ainsi que la nécessité accrue de localisation dans les pays.

En ce qui concerne les défis, certains échappent à notre contrôle, tels que l’instabilité politique due à des élections. Les risques liés à l’instabilité environnementale, tels que les typhons et le réchauffement climatique, ajoutent également une dimension supplémentaire aux défis.

Sur le plan concurrentiel, il est important de noter l’émergence de nouveaux acteurs à l’échelle mondiale. À titre d’exemple, la Corée du Sud, autrefois axée principalement sur son marché intérieur, déploie désormais ses compétences industrielles à l’international, devenant tantôt partenaire, tantôt concurrent. De manière similaire, les Émirats Arabes Unis, initialement concentrés sur leurs affaires nationales, se démarquent aujourd’hui non seulement par leurs technologies et leur expertise, mais également par des atouts financiers rares sur la scène internationale.

Malgré ces défis, nous avons enregistrés de beaux succès concrets, comme le contrat en Indonésie pour un système de défense aérienne composé de treize radars de longue portée Ground Master 400. Cela souligne notre capacité à surmonter les obstacles grâce à des partenariats solides, des technologies avancées et un investissement continu dans nos relations stratégiques. Ce contrat a pu être concrétisé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la France nous a apporté un soutien crucial dans le cadre d’actions de gouvernements à gouvernements. Une deuxième raison réside dans la vente de technologies de pointe et compétitives, étayée par notre partenariat de longue date avec l’Indonésie. Par le passé, nous avons déjà fourni des radars similaires, consolidant ainsi notre réseau établi au fil du temps. Enfin, en tant que troisième raison, en lien avec mes précédentes observations, notre investissement dans la relation avec un partenaire stratégique en Indonésie, à savoir PT Len Industri, a été déterminant. Le contrat des Ground Master 400 nous a conduit au développement ultérieur du projet de Joint-Venture que j’ai évoqué.

LJI : Thales accorde une importance significative à la recherche et au développement, comme illustré par l’Air Lab, fruit du partenariat entre Thales et le gouvernement singapourien dans le domaine du trafic aérien civil. Comment Thales Asia structure-t-il sa politique de recherche et développement ? Existe-t-il des collaborations avec des universités ou des centres de recherche ? De plus, selon vous, quels segments de l’activité de l’entreprise sont susceptibles d’être les plus innovants ? En quoi l’innovation technologique de Thales différencie-t-elle ses produits sur le marché et comment l’entreprise envisage-t-elle le transfert de technologie ?

NB : Bien sûr, nous entretenons des relations privilégiées dans le domaine de la recherche et du développement, souvent liées à l’éducation. Un exemple significatif, situé à Singapour, est notre participation à l’initiative de laboratoire de recherche CINTRA[1] (CNRS – International – NTU – Thales – Research Alliance) avec le CNRS et l’université de Singapour Nanyang Technological University (NTU). Nous investissons dans des sujets de recherche en amont, tels que la nano-électronique et la nano-photonique. Cet exemple illustre notre présence et notre collaboration avec plusieurs universités[2] dans toute la région. Ce sont des initiatives que nous souhaitons développer davantage à l’avenir.

En ce qui concerne les secteurs de recherche sur lesquels nous nous focalisons, il y a des domaines quasi fondamentaux, comme je l’ai mentionné pour Singapour. De manière plus générale, les sujets digitaux sont au centre de nos préoccupations. Ils sont relativement faciles à mettre en œuvre dans des thématiques de recherche et de développement. Ainsi, nous investissons considérablement dans le numérique, comme en témoigne l’installation d’une Digital Factory à Singapour en 2018. Cette Digital Factory s’ajoute aux deux autres que nous avons à Paris et à Montréal, démontrant l’intérêt de Thales pour la région.

J’ajouterais également le domaine des services, où nous avons des collaborations solides.

En ce qui concerne le transfert de technologie, c’est quelque chose que nous faisons, bien que ce ne soit pas une pratique quotidienne. Il y a une logique réelle lorsque nous travaillons avec des partenaires industriels possédant des compétences, et lorsque le marché est suffisamment accessible et significatif, nous sommes tout à fait enclins au transfert technologique. Par exemple, la Joint-Venture en cours de mise en place avec PT Len Industri intègre à la fois un transfert de technologie et de fabrication. C’est un exemple parmi tant d’autres, car les transferts de technologies ne s’inscrivent pas forcément dans le cadre d’une Joint-Venture, mais aussi dans celui de partenariats. Cette attitude ouverte est probablement une initiative qui nous différencie de nos principaux concurrents.

LJI : Suite à l’acquisition récente d’Imperva, leader américain de la cyber-sécurité, comment Thales intègre-t-il l’innovation et la cyberdéfense dans ses solutions pour faire face aux défis de la sécurité croissante dans cette région géopolitique complexe ? Quelles opportunités envisagez-vous dans le domaine de la cyber-sécurité pour la région, à la lumière de cette récente acquisition ?

NB : Tout d’abord, il est manifeste, au regard de l’investissement consenti par Thales pour l’acquisition d’Imperva et de manière plus générale, que l’un de nos axes de développement stratégique majeur à l’échelle mondiale est le domaine de la cyber-sécurité. Suite à cette récente acquisition[3], Thales s’affirme comme un acteur mondial majeur, renforçant significativement sa position dans le secteur de la cyber-sécurité. Nous ambitionnons légitimement de figurer parmi les cinq principaux acteurs mondiaux (après Palo Alto, Fortinet, Check Point, Crowdstrike)[4].

En ce qui concerne l’Asie, nous exploitons naturellement tous nos atouts dans le domaine de la cyber-sécurité. Nous distinguons notamment deux types d’activités, celles à caractère plutôt civil, alignées sur ce que nous réalisons avec notre ligne métier « Cloud Protection & Licensing » (CPL), et celles d’ordre plus souverain que nous continuons à développer. Ces dernières s’inscrivent pleinement dans les thématiques abordées au cours de cet interview.

Pour maximiser nos chances de pénétrer les marchés de la région, un soutien gouvernemental solide est essentiel, voire indispensable. En raison de la nature souveraine de cette activité, la nécessité de disposer du bon partenaire local est incontournable. En effet, un acteur étranger tel que Thales aurait de très maigres chances de s’imposer sur le marché. Tous ces éléments convergent harmonieusement avec les compétences dont nous disposons, renforcées par notre base en France.

Sans entrer dans les détails, je tiens toutefois à souligner que dans pratiquement tous les pays de la zone, nos ambitions dans le domaine de la cyber-sécurité souveraine sont fortes. Nous déployons des efforts considérables sur ces fronts, tirant profit de toutes les cartes de notre jeu.

 

[1] CINTRA a récemment été prolongé pour la quatrième fois, entamant ainsi sa 15ème année de collaboration depuis sa création en 2009.

[2] Thales participe également à un autre laboratoire, le “Smart Small Satellite Systems Thales in NTU (S4TIN) ». Il s’agit d’un laboratoire commun entre NTU et Thales Alenia Space. Thales a récemment signé un accord (Memorandum of understanding) avec les laboratoires nationaux de la Defence Science Organisation afin de renforcer la recherche sur les capacités de défense du pays.

[3] Thales a finalisé l’acquisition d’Imperva le 4 décembre 2023. Il s’agit de la neuvième acquisition de Thales dans le domaine de la sécurité numérique au cours des neuf dernières années et la deuxième plus importante dans l’histoire du groupe après celle de Gemalto.

[4] Le chiffre d’affaires est attendu à 2,4 milliards d’euros en 2024, aussi bien dans le domaine civil que dans celui du militaire.

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