Le 17 mars 2025, la DI Canada des Jeunes IHEDN a assisté à une conférence de haut niveau sur l’autonomie stratégique, offrant un regard croisé sur les visions française et canadienne.
Cet événement, organisé par la NATO Association of Canada, en collaboration avec l’AFCEA (Association française pour la communauté euro-atlantique), a réuni trois experts de renom : Alexandre Vulic, ancien diplomate français, Frédéric Pesme, général 2S et ex-directeur de cabinet du SACT, ainsi que Justin Massie, directeur du département science politique de l’UQAM.
Voici les principaux enseignements d’une discussion enrichissante sur un sujet devenu central dans les relations internationales.
La discussion a permis d’analyser les fondements historiques, politiques et stratégiques de l’autonomie stratégique dans les deux pays, en mettant en lumière les défis et opportunités de coopération transatlantique, dans un contexte géopolitique en pleine mutation.
L’autonomie stratégique française repose sur deux piliers fondamentaux. D’une part, elle s’inscrit dans une trajectoire historique marquée par le souci d’assurer une indépendance nationale, renforcée par des épisodes marquants tels que la débâcle de 1940 et la crise de Suez en 1956. Ces événements ont profondément façonné la doctrine militaire et diplomatique française, l’amenant à développer des capacités souveraines dans les domaines de la défense, du renseignement et des infrastructures industrielles stratégiques.
D’autre part, cette autonomie est une nécessité pratique : il s’agit de partager le fardeau sécuritaire avec des partenaires, tout en conservant une marge de manœuvre nationale. Le débat autour de la « prudence stratégique » revient régulièrement, notamment face aux évolutions de la posture américaine vis-à-vis de l’Europe. Depuis la fin de la Guerre froide, de nombreux pays européens ont relâché leurs efforts en matière d’investissements militaires, mais les récentes incertitudes politiques aux États-Unis ravivent l’urgence de cette réflexion.
Contrairement à la France, le Canada n’a pas fait de l’autonomie stratégique un objectif prioritaire. Son approche repose sur un alignement avec les États-Unis et l’OTAN, avec une priorité accordée au maintien de la crédibilité de l’engagement américain en Europe et en Amérique du Nord. Cette position vise à assurer une stabilité à long terme, tout en évitant les coûts élevés associés à une autonomie accrue.
Néanmoins, certains événements récents ont ébranlé cette relation. Des déclarations provocatrices évoquant une possible annexion du Canada en tant que « 51e État américain » ont alimenté des questionnements sur la fiabilité de l’allié américain. Dans ce contexte, les autorités canadiennes ont entrepris un rapprochement accru avec l’Europe, illustré notamment par des visites diplomatiques stratégiques visant à diversifier les partenariats et à réduire la dépendance structurelle vis-à-vis des États-Unis.
Malgré les ambitions affichées en matière d’autonomie stratégique, plusieurs défis persistent en Europe, notamment l’absence d’une vision cohérente et concertée entre les États membres. Le concept même d’autonomie militaire européenne est traversé par un paradoxe fondamental : d’un côté, certains États redoutent qu’un renforcement des capacités européennes n’éloigne les États-Unis du continent ; tandis que d’autres estiment qu’une Europe plus forte encouragerait, au contraire, Washington à maintenir son engagement.
Cette dualité soulève des interrogations sur le nouveau militarisme européen : est-il guidé par une approche rationnelle et stratégique, ou par une dynamique émotionnelle en réaction aux crises géopolitiques récentes ? Trois dimensions semblent cruciales pour structurer cette réflexion : comment les Européens peuvent-ils penser leur puissance sans rompre avec les États-Unis, quelle évolution pour l’alliance atlantique, et comment aborder la question des relations euro-atlantiques dans leur globalité.
Le Canada explore des pistes pour soutenir les efforts d’autonomie stratégique, tout en maximisant ses bénéfices. Parmi les options envisagées figurent des coopérations industrielles et technologiques dans le domaine de l’armement : acquisition de sous-marins, renouvellement de la flotte de chasse (au détriment des F-35), et diversification des fournisseurs d’artillerie au-delà du monopole américain. Ces initiatives pourraient ouvrir des opportunités de partenariats renforcés avec les industriels européens, notamment dans des secteurs où la fiabilité des équipements américains a été remise en question.
Au-delà des aspects matériels, des complémentarités apparaissent également sur le plan stratégique, notamment en matière de renseignement et de surveillance des espaces arctiques. Dans ce contexte, un rapprochement franco-canadien pourrait s’appuyer sur des structures existantes, telles que l’OTAN, mais également sur des accords bilatéraux permettant l’échange de capacités et d’expertises.
Face aux incertitudes croissantes concernant la posture des États-Unis, plusieurs options émergent pour redéfinir l’architecture de sécurité occidentale :
Dans ce contexte, une réflexion s’amorce sur un rapprochement plus formel entre le Canada et l’Union européenne. Si une adhésion institutionnelle du Canada à l’UE est peu probable à court terme, pour des raisons structurelles et économiques, un approfondissement des relations est en revanche envisageable à travers plusieurs leviers :
Certains scénarios plus ambitieux évoquent même la possibilité d’un « Conseil de sécurité européen », intégrant non seulement les pays de l’UE, mais aussi des partenaires stratégiques comme le Canada et le Royaume-Uni.
Cette conférence a mis en évidence le fait que, bien que leurs approches diffèrent, la France et le Canada partagent un intérêt stratégique commun : repenser l’architecture sécuritaire transatlantique à l’aune des nouvelles réalités géopolitiques. Entre la nécessité d’adaptation aux incertitudes américaines et l’opportunité de renforcer les coopérations bilatérales et multilatérales, les débats autour de l’autonomie stratégique s’inscrivent dans une dynamique de rééquilibrage des rapports de force au sein du monde occidental.
Flavien Berwick est conseiller technique spécialisé dans le secteur défense, ingénieur et auteur en technologies de l’information. Il rejoint la délégation internationale Canada des Jeunes IHEDN en 2024 et en devient le délégué adjoint début 2025.
Pierre Daligault est le délégué international des Jeunes IHEDN au Canada. Ingénieur en aérospatial de formation, il porte un grand intérêt aux domaines de la défense, de l’économie et de l’innovation technologique. Sa carrière s’est consacrée au développement d’écosystèmes d’innovation entre universités, grandes entreprises et startups pour accélérer le développement de technologies dans les domaines aérospatial et de la défense. Après un passage au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) du Québec, il travaille actuellement au Centech, un incubateur de startups classé parmi les meilleurs au monde, pour permettre au Canada de rattraper son écart technologique avec les États-Unis et la Chine.
| Cookie | Durée | Description |
|---|---|---|
| cookielawinfo-checkbox-analytics | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le consentement de l'utilisateur concernant la catégorie "Mesure d'audience". |
| cookielawinfo-checkbox-functional | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le consentement de l'utilisateur concernant la catégorie "Fonctionnalités". |
| cookielawinfo-checkbox-necessary | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le consentement de l'utilisateur concernant la catégorie "Strictement Nécessaires". |
| cookielawinfo-checkbox-others | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le consentement de l'utilisateur concernant la catégorie "Autres". |
| cookielawinfo-checkbox-performance | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le consentement de l'utilisateur concernant la catégorie "Performance". |
| viewed_cookie_policy | 11 months | Ce cookie est configuré par le plugin "GDPR Cookie Consent". Le cookie est utilisé pour sauvegarder le choix de l'utilisateur d'accepter ou non les cookies. Il ne conserve aucune donnée personnelle |
| Cookie | Durée | Description |
|---|---|---|
| _ga | 2 years | The _ga cookie, installed by Google Analytics, calculates visitor, session and campaign data and also keeps track of site usage for the site's analytics report. The cookie stores information anonymously and assigns a randomly generated number to recognize unique visitors. |
| _gat_gtag_UA_20946430_1 | 1 minute | This cookie is set by Google and is used to distinguish users. |
| _gid | 1 day | Installed by Google Analytics, _gid cookie stores information on how visitors use a website, while also creating an analytics report of the website's performance. Some of the data that are collected include the number of visitors, their source, and the pages they visit anonymously. |