Propos recueillis par Nina Uwikeza, membre de la délégation régionale Nouvelle Aquitaine – Le 23 avril 2025
Stefanie Zeidler est la Consule d’Allemagne à Bordeaux depuis 2021. Née en 1960 à Hambourg en Allemagne, elle a suivi des études d’histoire et d’anglais. Sa carrière au sein du ministères fédérale des Affaires étrangères allemands l’a conduite à occuper divers postes, elle a été impliquée dans des domaines tels que les droits de l’Homme, le désarmement nucléaire, ainsi que le dialogue avec la société civile. De par sa carrière internationale dans plusieurs pays tel que le Brésil ou l’Afrique de Sud, la Consule a une compréhension interculturelle élargit. En tant que Consule générale à Bordeaux, Stefanie Zeidler supervise une circonscription couvrant 20 départements. Elle est activement engagée à renforcer l’amitié franco-allemande en favorisants les échanges culturels, éducatif et professionnels. Elle incarne donc une diplomatie de proximité, mettant l’accent sur la coopération et la compréhension mutuelle entre la France et l’Allemagne.
Dans un contexte international profondément transformé par la guerre en Ukraine, la crise des relations transatlantiques et les cybermenaces croissante, Stefanie Zeidler, Consule générale d’Allemagne à Bordeaux nous accorde une interview sur l’urgence de l’Europe, et particulièrement pour la France et l’Allemagne, de renforcer leur coopération en matière de défense. Elle identifie des conditions essentielles à la défense européenne et souligne que l’Europe doit faire plus pour assurer sa propre sécurité. La Consule évoque les projets franco-allemands futurs qui témoignent de la volonté conjointe de bâtir une industrie de défense européenne à long terme. Enfin, elle reconnaît les différences de culture stratégique entre la France et l’Allemagne, mais considère que celles-ci peuvent être surmontées grâce au dialogue politique et à des projets concrets.
Les Jeunes IHEDN (LJI) : Quels sont, selon vous, les principaux défis de sécurité communs auxquels la France et l’Allemagne doivent faire face aujourd’hui ?
Stefanie Zeidler (SZ) : Je devrais peut-être commencé avec un petit aperçu historique car nous vivons vraiment un temps de grand bouleversement, je suis convaincue qu’en termes de sécurité, nous vivons aujourd’hui dans un monde qui a totalement changé depuis c’est dix dernières années. Premièrement, l’attaque de l’Ukraine par la Russie en 2022 qui a détruit l’architecture de sécurité fondé sur la coopération qui c’était mise en place après 1989. Plus récemment la politique de l’administration du président Trump qui met en question le système de sécurité transatlantique au début de cette année. Ce sont deux cycles qui se sont terminés récemment, cela rend nos modèles de vie et nos infrastructures et nos modes d’approvisionnement en péril et plus vulnérable que jamais pour nous européens. Je ne pense pas selon aux menaces militaire auquel l’Allemagne et la France vont faire face mais aussi aux menaces économiques et sociales, par exemple par le biais des informations ciblées qui je pense sont des menaces et des enjeux de sécurité dans un très vaste sens de ce mot.
LJI : Comment définiriez-vous la place de la coopération franco-allemande dans la construction d’une défense européenne crédible ? ( Que veut dire crédible au sens allemand )
SZ : Une défense européenne crédible signifie pour moi avant tout trois choses. Premièrement, disposer des équipements de la défense est nécessaire; c’est-à-dire surtout renforcer et coopérer dans le domaine de l’industrie de l’armement. Le deuxième point serait de disposer des ressources humaines nécessaires c’est-à-dire recruter et former qui est une discussion assez virulente à présent en Allemagne. Troisièmement, disposer de structure de commandement et de coopération efficace. Par exemple entre, l’Allemagne, la France et la Pologne qui joue un rôle assez important à l’est de l’Europe. Peut-être aussi la Grande Bretagne même si elle n’est plus membre de l’Union européenne, car en terme de sécurité et de défense elle va continuer à jouer un rôle clé avec nous français, allemands et polonais, car c’est à nous de prendre la responsabilité majeure.
LJI : Quel rôle, la France et l’Allemagne, peuvent-elles jouer dans la construction d’une défense européenne autonome, notamment au sein de l’Union européenne ?
SZ : Tout d’abord, je pense que nous sommes encore très loin de tout projet, voire de la simple possibilité d’une défense européenne autonome crédible. Je suis convaincue que l’OTAN va rester le pilier de notre partenariat transatlantique et va continuer à être indispensable aussi pour la sécurité européenne. Mais dans le cadre de l’OTAN nous somme bien sûr convaincu, comme la France et notamment nos partenaire européens que l’Europe doit faire beaucoup plus pour renforcer ses capacités de défense, cela est clair. L’Allemagne et la France peuvent et doivent jouer un rôle clé à cet égard, non seulement en raison de nos ressources, de nos industries de défense bien développé, mais aussi parce que nous coopérons déjà depuis longtemps dans ce secteur. Nous nous connaissons déjà très bien, nous savons comment l’un et l’autre travaillent, quelles sont nos stratégies, nos différences et je pense que d’une certaine manière, nous sommes l’exemple d’une coopération efficace dans ce domaine. Il y a des projets actuels qui court déjà, comme les deux projets clés du futurs, le MGSC et le FCAS, c’est-à-dire les deux systèmes de chars et d’avions de chasse sur lesquels nous travaillons depuis quelques années. Quand c’est deux projets clés ont été lancé en 2017, c’était déjà avec l’idée de développer et renforcer les capacités de défense du futur avec les technologies de l’avenir et de garantir une capacité de réactions et de défense européenne. C’était notamment l’idée de consolider une industrie de défense en Europe.
LJI : Est-ce que selon vous il y a des divergences de culture stratégique entre Paris et Berlin ? Et si oui, comment peuvent-elles être surmontées pour renforcer l’efficacité commune ?
SZ : C’est évident que nous avons des cultures stratégiques très différentes. La France est une puissance nucléaire, l’Allemagne ne l’est pas. Depuis 1945, la France a défendu ses intérêts sécuritaires un peu partout dans le monde. C’est alors toute une différente perspective, en même temps l’Allemagne était un état frontalier dans la guerre froide, ce qui a entretenu des perspective un peu différentes. Je pense aussi que les relations entre l’Etat et l’industrie de défense se jouent différemment en France et en Allemagne. En France, les relations sont beaucoup plus étroites entre l’Etat et l’industrie. Mais je pense qu’actuellement, nous faisons de grands pas vers une culture et un développement des stratégies communes, ainsi que des perspectives plus harmonisés. Et ce, notamment grâce aux excellentes relations entre nos deux Ministres de la Défense, ce qui facilite les échanges et les négociations dans ce secteur. C’est précisément dans le cadre de nos principaux projets de coopération en matière d’armements, notamment le FCAS et le MGCS que les deux ministres sont sur la même longueur d’ondes. Ils ont récemment fixé un rythme soutenu pour le développement de ces deux projet. La balle est désormais dans le camp de l’industrie, mais les gouvernements sont en accord, donc la France et l’Allemagne ont vraiment fait un pas en avant.
LJI : Face à la montée des cyberattaques, comment les deux pays peuvent-ils mieux coordonner leurs efforts dans le domaine de la cybersécurité ?
SZ : Pas seulement dans la cybersécurité, mais aussi dans les secteurs technologiques clés pour notre sécurité et notre défense pour que l’Europe devienne plus autonome et souveraine. Je pense que la France et l’Allemagne jouent là aussi un rôle clé. Il y a des projets communs notamment sur l’intelligence artificielle, sur le stockage d’énergie, ce sont tous des technologies où l’Europe doit devenir plus autonome et efficace. La pandémie, l’attaque russe contre l’Ukraine et la politique de commerce de Trump nous a vraiment montré avec urgence que nous ne pouvons plus compter sur la stabilité relative des relations technologiques, industrielles ainsi que commerciales et globales qui nous ont portés pendant des décennies. Comme la France et l’Allemagne dispose des ressources et des cadres et des coopérations bien établies, c’est vraiment à nous de faire avancer les développements en Europe.
LJI : Dans quelle mesure la souveraineté technologique européenne est-elle un objectif partagé par la France et l’Allemagne ?
SZ : Nous sommes tout à fait d’accord sur le principe, n’ayant aucun doute sur les événements des cinq dernières années qui nous ont montré l’importance de ne pas trop dépendre sur d’autres Etats. C’est la raison pour laquelle nous travaillons dans ces projets mentionnés ultérieurement. Peut-être sommes-nous les Allemands un peu pragmatique ou plus hésitant quant au possibilités réel d’une souveraineté maximale. En tant que pays dont la prospérité économique et sociale dépend en grande partie des exportations, nous sommes certainement un peu plus disposés à coopérer avec des partenaires hors de l’Europe, mais je crois que c’est une question de nuance et non de principe. Je pense en principe que nous sommes tous d’accord qu’il faut développer beaucoup plus de souveraineté technologique et économique dans le futur.
LJI : Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux jeunes générations franco-allemandes sur l’importance de cette coopération en matière de sécurité ?
SZ : la phrase clé est que : Notre principales garanties de sécurité est bien évidemment l’Europe, ce n’est pas seulement une question de sécurité militaire, car cela touche aussi les autres aspects de la sécurité ; le sociale, l’écologie et l’économie. Mais l’Europe ne peut être forte que si nous agissons de concert. Je suis convaincue que l’Allemagne et la France ont pour mission historique de continuer à développer ensemble cette Europe afin qu’elle puisse garantir cet avenir de paix et de prospérité. Si nous pouvons vivre aujourd’hui comme nous le faisons, car nous pouvons remarquer que notre situation est assez bonne comparée aux situations historiques, c’est grâce à 80 ans de paix et de coopération en Europe et c’est la raison pour laquelle il faut vraiment tout faire pour garantir et travailler pour notre sécurité. Je crois que ma génération et les générations suivantes ont toujours vécues dans la paix, c’est donc pour nous une évidence, mais il ne faut pas oublier que cela ne fait pas longtemps que les français et les allemands qui ont eu des différends, c’est peut-être plus difficile aujourd’hui pour nous d’avoir ce sens d’urgence de faire plus pour la sécurité et en tant que génération pensant qu’après la chute du mur et du bouleversement de l’union soviétique, avec la fin de la guerre froide, nous somme maintenant dans une période de paix, de sécurité, de développement.
LJI : Quel rôle les représentations diplomatiques, comme le consulat d’Allemagne, peuvent-elles jouer dans le renforcement de la coopération franco-allemande, y compris dans le domaine de la défense ?
SZ : Évidemment le consulat a un rôle limitée, notre rôle principal est de travailler sur la base des relations franco-allemande, c’est-à-dire, les relations entre les peuples, les étudiants, les acteurs culturels, mais en même temps dans le sud-est de la France, il y a d’importante industrie de défense, notamment de projet franco-allemand tel qu’ Airbus, Arianne, et cela, fait aussi partie de ma mission de maintenir le contact avec ces industrie, je dois notamment préparer les visites de notre ambassadeur. Cependant, notre ambassade à Paris a un rôle très important, qui est celui d’aider la gouvernement allemand a interpréter comment pense le gouvernement français, à préparer les entretiens, à donner des renseignements, car ils ont le contact avec les chefs des grandes entreprises, les chefs du ministères. Ils ont donc un rôle assez important qui leur permet de faciliter les échanges et les coopérations.
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