Le 9 janvier 2023 s’est tenu à l’École Militaire (Paris, 7e) le colloque annuel de l’armée de l’Air et de l’Espace, organisé par le CESA et intitulé cette année « Du ciel à l’espace. Nouveaux enjeux opérationnels à très haute altitude ».
Le colloque portait ainsi sur les enjeux actuels et surtout futurs de l’espace aérien supérieur (Higher Airspace), aussi appelé « presqu’espace », c’est-à-dire la couche située entre 20 et 100 km d’altitude. Ce milieu, du fait de ses propriétés particulières (vents faibles, densité très faible de l’air, absence d’impesanteur) est à la fois l’un des plus mal connus de l’atmosphère terrestre, mais aussi l’un des plus prometteurs pour diverses applications civiles et militaires. L’ensemble de cet après-midi d’étude était animé par le journaliste Nicolas ROSSIGNOL. Après une allocution d’ouverture prononcée par Mme Agnès D’HEILLY, directrice des affaires publiques Europe d’ARIANE GROUP, le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), M. Xavier PASCO, a introduit les débats en faisant un rappel historique des premiers travaux portant sur l’espace aérien situé entre 20 et 100 km, à partir des années 1940 (Silbervogel allemand, puis études de la NACA aux États-Unis et de l’Institut Keldych en URSS). Le regain d’intérêt que connaît aujourd’hui ce milieu est porté notamment par les évolutions techniques (matériaux, propulsion…), ce qui amène des réflexions autour de nouveaux usages, mais aussi de nouvelles problématiques (souveraineté, régulation du trafic…). Les discussions se sont ensuite scindées en trois tables rondes thématiques successives, qui ont permis de balayer le spectre des enjeux liés à la très haute altitude. Par ailleurs, des interventions de dirigeants d’entreprises du secteur aérospatial ont ponctué l’après-midi :
– M. Nicolas MULTAN, Directeur général-CEO de la société HEMERIA, qui produit des équipements embarqués électroniques pour l’industrie spatiale et la dissuasion, notamment au profit du CNES ou encore de la DGA, tels que le projet BalMan (ballon stratosphérique manœuvrant) ;
– M. Jean-Luc DIEMUNSCH, Directeur technique et industriel de la société ZEPHALTO, une start-up française qui prévoit d’envoyer des touristes dans la stratosphère grâce à un ballon d’hélium ;
– M. Louis HART-DAVIS, fondateur de la société STRATOLIA, qui propose un service d’observation et d’imagerie de la Terre par ballon stratosphérique manœuvrant.
La première table réunissait le Général de corps aérien Frédéric PARISOT, Major général de l’armée de l’Air et de l’Espace (MGAAE), l’ICA Jean-Baptiste PAING, architecte système de défense à la Direction générale de l’armement (DGA), M. Marc VALES, Directeur des activités spatiales de Dassault Aviation, M. Stéphane VESVAL, Sénior Vice-Président, ventes et marketing systèmes spatiaux d’Airbus Defense and Space, M. Hervé DERREY, Président directeur général de Thales Alenia Space et enfin le Général (2S) Pascal LEGAI, conseiller sécurité du directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA). Les discussions ont porté sur les évolutions qui sont susceptibles d’intervenir dans l’espace aérien supérieur, notamment les projets d’objets qui ont vocation à évoluer dans cet environnement (ballons, drones, sondes…), les relations entre les acteurs étatiques et commerciaux qui y évolueront, les potentielles opportunités économiques dans cette portion d’espace et enfin le positionnement de la France. Plusieurs projets ont été présentés :
– Le Stratobus (Thales Alenia Space), une plateforme géostationnaire dans la stratosphère destinée à embarquer 250 kilos d’équipement à 19 km d’altitude pour divers usages (imagerie, télécommunications…) ;
– L’avion solaire sans pilote Zephyr (Airbus), destiné à des missions d’observation longue durée, qui a volé pendant 64 jours d’affilée en 2022 ;
– Des avions spatiaux (Dassault Aviation) type Space Rider réutilisables notamment pour placer des charges utiles en orbite basse.
Les intervenants ont souligné les difficultés inhérentes à la présence et l’intervention dans l’espace aérien supérieur (lieu de passage, nombre croissant d’acteurs, absence de frontière physique, vitesses extrêmes, multiplicité des usages), ainsi que le besoin d’établir de nouvelles règles (cohabitation, déconfliction), mais aussi les potentialités très larges (satellites éphémères, défense antimissile, vecteurs hypersoniques…). Concernant les aspects militaires, le Major général de l’armée de l’Air et de l’Espace a affirmé que le Higher Airspace soulevait des problèmes à la fois légaux (l’armée de l’Air et de l’Espace n’étant compétente pour intervenir que jusqu’au flight level 660, soit environ 20 000 mètres d’altitude) et techniques (difficultés de détection et d’interception des vecteurs hostiles, coût d’accès et d’intervention). Ainsi, la France ne sera probablement pas dotée de capacités opérationnelles dans l’espace aérien supérieur avant 2035, pour autant l’idée d’une « Action de l’État dans l’espace », à l’instar de l’Action de l’État en mer, a été évoquée.
La deuxième table ronde réunissait le Général de division aérienne Stéphane VIREM, Directeur de la sécurité aéronautique d’état (DSAé), M. Patrice DESVALLÉES, Directeur de programme projets stratégiques et émergents (DGAC / DSAC), Mme Nathalie LE CAM, expert de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA), M. Éric BILLARD, chef de l’unité innovation et opérations civilo-militaires d’EUROCONTROL, et M. Bernard CHEMOUL, Inspecteur général et directeur de la qualité du Centre national d’études spatiales (CNES). Au cours de cette table ronde focalisée sur la régulation et le contrôle du trafic dans l’espace aérien supérieur, ont été évoqués les travaux en cours au sein de la communauté européenne (EUROCONTROL / EASA), la potentielle opposition entre les concepts de souveraineté et de protection dans ce milieu (moyens de détection, de surveillance, de communication, de coordination et d’intervention) versus la liberté d’action, ou encore les interrogations sur une gestion sûre et efficace du trafic hébergé ou en transit dans cette nouvelle portion d’espace. Les intervenants ont unanimement souligné la nécessité à moyen terme de réguler l’espace aérien supérieur, dans la mesure où le nombre d’objets qui y stationnent ou transitent, encore faible aujourd’hui, est amené à croître de façon importante à l’avenir – à l’instar de l’orbite basse terrestre, qui gagne actuellement 1000 à 1500 satellites supplémentaires par an. Le besoin de régulation est d’autant plus fort qu’il y a une forte hétérogénéité des vecteurs amenés à circuler dans cette zone (du ballon-sonde à l’avion hypersonique), et une cohabitation entre moyens civils et militaires. Pour autant, l’instauration d’un space traffic management pose de nombreux défis. En effet, si le domaine du trafic aérien « classique » est caractérisé par la souveraineté nationale, le domaine spatial est pour sa part caractérisé par la liberté d’action, en conformité avec le Traité de l’espace de 1967 qui exclut la territorialité et l’appropriation de l’espace. L’enjeu est donc de réguler tout en préservant la liberté d’action des forces et les souverainetés étatiques. La question de la compatibilité d’une telle régulation avec les régimes et les réglementations déjà existants (Convention de Chicago, OACI…) a été soulevée. Les débats ont aussi porté sur le niveau de sécurité attendu, dans la mesure où la maturité et la fiabilité des vecteurs de très haute altitude sont globalement inférieures aux standards en vigueur notamment dans l’aviation civile commerciale. Trois grandes hypothèses de systèmes de régulation ont finalement été envisagées, à savoir la duplication/transposition du modèle actuel pour le trafic aérien, l’adoption d’un modèle plus souple proche de celui applicable à l’espace ou enfin l’instauration d’un modèle ad hoc qui serait développé en coordination des différents acteurs. Il existe néanmoins des certitudes. Quel que soit le modèle retenu, les principes déjà applicables à l’espace aérien vont probablement demeurer largement, et de plus un État ne pourra que très difficilement décider seul de sa réglementation (nécessité d’une approche commune et d’interopérabilité entre régions du monde). La régulation passera par la création d’organisations spécialisées ou l’extension de l’objet de celles déjà existantes (par exemple, l’Agence européenne de la sécurité aérienne n’est aujourd’hui pas compétente pour réguler le milieu spatial). Il reste que de nombreuses questions demeurent ouvertes, dans la mesure où le sujet est encore immature. Après un bref intermède, le Colonel Olivier FLEURY, commandant la BA 367 en Guyane, est venu témoigner des missions menées par l’armée de l’Air et de l’Espace pour protéger l’espace aérien lors des lancements depuis le Centre spatial guyanais (CSG) basé à Kourou, et les moyens dont elle dispose pour ce faire (Mirage 2000, AWACS, hélicoptères Fennec, lutte anti-drone…).
Enfin, la dernière table ronde réunissait le Général de corps aérien Philippe MORALES, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes (CDAOA), le Général de division aérienne Philippe ADAM, commandant de l’Espace (CDE), M. Franck LEFEVRE, Directeur des programmes de défense de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA), et M. Bertrand LE MEUR, Directeur stratégie de défense, de la prospective et de la contre-prolifération à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). Au cours de cette table ronde, ont été l’objet des discussions les menaces envisageables depuis l’espace aérien supérieur pour notre sécurité (surveillance, hyper vélocité…), la légitimité française à détecter, identifier, surveiller et intervenir, la compatibilité entre opérations militaires et activités commerciales ou encore l’éventuelle maîtrise de l’utilisation de cet espace en vue d’exécuter les missions opérationnelles. Plusieurs moyens français ont ainsi été évoqués, tels que le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux (COSMOS), chargé d’observer les satellites et les débris spatiaux, le V-MAX (Véhicule Manœuvrant Expérimental), un planeur hypersonique développé par la France depuis 2019, ou encore les radars transhorizon à onde de ciel Nostradamus et Pégase de l’ONERA, capables de repérer des cibles à très longue distance. Est ensuite intervenu le député et président de la Commission de la défense nationale et des forces armées, M. Thomas GASSILLOUD. Trois axes ont structuré son intervention : le constat de l’extension du domaine des conflictualités, la nécessité de se saisir sans tarder des enjeux opérationnels de la très haute altitude, et enfin le besoin d’associer à cet effort l’ensemble de nos concitoyens, « car il n’y a de “défense nationale” que si celle-ci est l’affaire de tous ». Finalement, le discours de clôture a été prononcé par le Général d’armée aérienne Stéphane MILLE, Chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace (CEMAAE), avec pour mot d’ordre la nécessité « de ne pas se voir imposer une utilisation du higher airspace qui serait contraire à nos intérêts ».
L’intégralité du colloque est disponible en rediffusion à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=yGSUqlCfjlI
Le Comité Aéronautique et Espace a pour ambition d’animer la communauté aéronautique et de familiariser les néophytes avec les milieux aérien et spatial. À travers ses activités, il propose des réflexions autour des différentes problématiques liées à la troisième dimension.
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