Économie de guerre : l’industrie de défense française s’est-elle renforcée depuis 2022 ?

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Économie de guerre : l’industrie de défense française s’est-elle renforcée depuis 2022 ?

Table-ronde organisée le 15 janvier 2025 à École militaire

La conférence du 15 janvier dernier, organisée conjointement par le Comité industrie de défense des Jeunes IHEDN et la Conférence Olivaint, s’est intéressée aux défis et opportunités liés à la transformation de l’industrie de défense française dans un contexte géopolitique marqué par des tensions accrues, notamment en raison de la guerre en Ukraine. Réunissant Alexandre Houlé, directeur de la stratégie chez Thales, Walter Arnaud, ingénieur général de l’armement et directeur adjoint du Service des affaires industrielles au ministère des Armées, ainsi que Benoît Rademacher, directeur adjoint de l’IRSEM, les échanges ont mis en lumière les enjeux stratégiques, industriels et économiques nécessaires pour renforcer les moyens de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) française.

Le concept d’économie de guerre a été exploré à travers une définition historique et contemporaine. Historiquement, la Première Guerre mondiale mobilisait 60 % du PIB français, contre 20 % pour l’Ukraine aujourd’hui. Si la France – n’étant pas en guerre à l’heure actuelle – n’a pas encore adopté un modèle d’économie de guerre, les intervenants ont insisté sur la nécessité de se préparer à une transition rapide. Le modèle français, bien que complet, est jugé parfois inadéquat face aux exigences des conflits modernes. Une opposition a notamment été soulignée entre des armements sophistiqués, tels que les missiles ASTER, et des équipements plus low cost, qui s’avèrent essentiels dans des contextes asymétriques / frugaux, comme les drones, qui sont présent par milliers dans les conflits d’aujourd’hui comme en Ukraine.

Pour répondre à ces défis, les intervenants ont insisté sur quatre principes fondamentaux : renforcer le lien entre l’armée et les citoyens civils, assurer une cohérence d’ensemble, maximiser la subsidiarité et adopter une approche « bottom-up » qui valorise les retours d’expérience du terrain. Ils ont également appelé à plus d’audace et d’innovation pour s’adapter aux exigences stratégiques. La mise en place d’une réserve citoyenne et d’un effort accru pour simplifier les normes industrielles ont été identifiées comme des pistes d’action prioritaires. Par ailleurs, la montée en cadence de la production nécessite un délai d’inertie estimé à deux ans pour les matériels complexes, soulignant l’importance de commandes planifiées sur plusieurs années pour garantir visibilité et permettre aux industriels d’investir et de recruter en masse.

Une proposition marquante a été la structuration de deux marchés distincts pour l’armement. Le premier serait un marché traditionnel, réservé aux produits stratégiques complexes et aux acteurs historiques, tels que les sous-marins nucléaires ou les missiles longue portée. Ce marché resterait fortement réglementé. En parallèle, un second marché, plus flexible et moins normé, accueillerait des équipements frugaux comme les drones, permettant une réponse rapide et agile aux besoins opérationnels. Cette dualité permettrait à l’industrie de mieux répondre aux exigences variées des conflits modernes.

Sur le plan européen, les intervenants ont critiqué l’inefficacité de certains mécanismes de coopération. Les fonds européens, bien que substantiels, sont souvent utilisés pour soutenir de petits industriels locaux au lieu de consolider les grands acteurs stratégiques.

Les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) appliqués à la défense ont également été remis en question, jugés inadaptés et influencés par des normes anglo-saxonnes. Les intervenants ont plaidé pour une harmonisation (et donc une simplification) des règles européennes avec celles appliquées par les Américains afin de limiter les distorsions de concurrence.

Enfin, plusieurs pistes d’action prioritaires ont été soulignées. L’innovation technologique, avec des investissements accrus dans l’intelligence artificielle, les drones et les technologies quantiques, doit être combinée à une capacité accrue d’exportation pour financer la BITD. La mise en place de filières de recyclage est également essentielle pour améliorer la résilience de la production industrielle. Ces efforts doivent s’accompagner d’une véritable stratégie visant à équilibrer les productions complexes et consommables, afin de répondre efficacement aux besoins à court et long termes.

En conclusion, la conférence a mis en lumière la nécessité pour la France de repenser son industrie de défense, en équilibrant souveraineté industrielle, coopération internationale et innovation technologique. La création de deux marchés distincts pourrait apporter la flexibilité nécessaire pour faire face aux défis des conflits modernes. La création de deux marchés distincts pourrait apporter la flexibilité nécessaire pour faire face aux défis des conflits modernes. Dans tous les cas, l’avenir de l’industrie reposera sur une mobilisation rapide, une montée en puissance et une coordination accrue entre les différents acteurs pour renforcer la résilience de la production industrielle et garantir la supériorité stratégique de la France.

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Comité Industrie de Défense

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