Rencontre franco-allemande en Italie

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Rencontre franco-allemande en italie

Rencontre du 6 décembre 2024 avec l’attaché de défense français et allemand

Lors de la rencontre franco-allemande le 6 décembre 2024, l’attaché de défense français, l’amiral Jérôme Theillier, et allemand, le colonel Thomas Reiberling, ont partagé leurs visions sur la transition digitale des armées, l’IA, l’OTAN et l’idée d’une armée européenne. D’emblée, le colonel Reiberling a souligné que l’IA représente une opportunité et un défi, comparable à l’invention du train il y a 200 ans. Il a également insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre les risques et les bénéfices de l’IA, tout en mettant en garde contre une société divisée entre une élite maîtrisant l’IA et une classe inférieure dépendante. Il a également plaidé pour un cadre régulateur à l’échelle européenne.

De son côté, l’amiral Jérôme Theillier a mis en avant la dimension globale de l’IA, qui dépasse le simple cadre militaire. Il a évoqué le grand programme militaire sur l’IA lancé par le Ministère des Armées en septembre dernier et a insisté sur la nécessité d’un cadre régulateur européen, tout en soulignant l’importance de prendre en compte les questions éthiques et les différences d’orientation selon les pays et leur système politique.

Sur la question de l’OTAN, le colonel Reiberling a décrit Donald Trump comme un personnage agressif et imprévisible, mais dont les actions sont calculées ce qui implique que le dialogue est totalement possible. Il a exprimé une certaine confiance dans les institutions américaines pour limiter les excès de Trump, tout en appelant à ne pas se laisser provoquer par ses prises de parole. Les deux attachés de défense ont aussi souligné les défis différents auxquels sont confrontés la France, l’Allemagne et le couple franco-allemand, notamment en matière d’énergie et d’économie, ce qui pourrait influencer leur réponse commune aux enjeux soulevés par le retour de Trump.

L’idée d’une armée européenne semble être une ambition encore lointaine. Pour le colonel allemand, si l’on veut une armée européenne, il faut un gouvernement européen, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Avec la situation actuelle, c’est impossible. Malgré tout, le budget européen de la défense est le deuxième mondial, et doit encore être augmenté, car selon Donald Trump, “3% is the new 2%”. De plus, la commission Defence and Space de l’Union Européenne, dirigée par Andrius Kubilius, et le Livre blanc pour la défense témoignent d’une volonté de définir des intérêts stratégiques communs. Mais, bien qu’utiles,ces initiatives restent à l’état de recommandations, les décisions majeures étant prises au niveau national, notamment pour une puissance nucléaire comme la France. Bruxelles est là pour conseiller des outils, acheter des armes ou encore financer la guerre via les banques.

Cette idée est partagée par Jérôme Theillier, pour qui cette absence de souveraineté européenne est l’obstacle principal à la création d’une armée continentale. Ce dernier met en lumière les faiblesses structurelles de l’industrie de défense européenne et insiste sur le problème de la dépendance aux États-Unis. Les USA produisent de l’armement bon marché et de nombreux pays européens s’équipent chez eux. Une coopération étroite avec l’OTAN est avantageuse, puisqu’un marché unique de la défense procure plus d’équipement pour les pays membres. Si l’OTAN, d’après Emmanuel Macron semblait « en mort cérébrale » en temps de paix, le conflit russo-ukrainien redéfinit les besoins européens de défense Néanmoins, à trop vouloir dire « NATO first », certains en oublient la construction de l’Europe. Cette situation freine le développement d’un marché européen de la défense, pourtant nécessaire pour doter l’Europe de capacités industrielles autonomes. En effet, les Etats-Unis pourraient dans le futur se focaliser sur des conflits extra européens tels que l’indopacifique, l’Europe sera donc responsable de sa propre défense. Par ailleurs, l’harmonisation des intérêts des différents pays européens est aussi un obstacle. L’amiral précise : « Des pays comme la Lituanie, la France et l’Italie n’ont pas les mêmes intérêts… ».

À propos des auteurs

Gabriel Dary

Actuellement en L3 double cursus Humanités et Sciences Politiques à l’IRCOM Angers, et futur étudiant à l’EEIE, Gabriel est passionné par les questions d’intelligence économique, de philosophie de la morale et de géopolitique du sport.

Louis Montibert

Actuellement étudiant ingénieur à I’Ecole Nationale de l’Aviation Civile. Spécialisé en sécurité aérienne et économie du transport, il a rejoint les Jeunes IHEDN après avoir effectué un stage dans l’industrie de défense.

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