La reconfiguration de l’architecture de sécurité du Golfe au lendemain du conflit USA-Iran

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[ DÉCRYPTAGE ]

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La reconfiguration de l’architecture de sécurité du Golfe au lendemain du conflit USA-Iran

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur. Les idées ou opinions émises ne peuvent en aucun cas être considérées comme l’expression d’une position officielle de l’association Les Jeunes IHEDN.

À PROPOS DE L’ARTICLE

Le conflit de février-mars 2026 a constitué un électrochoc doctrinal pour l’ensemble des acteurs régionaux. Il a invalidé les représentations collectives sur lesquelles reposaient l’ordre sécuritaire du Golfe depuis trois décennies. C’est cette double rupture (matérielle et normative) que cette note analyse.

L’ancien ordre reposait sur trois piliers désormais caducs. Le premier était la doctrine des accords d’Abraham : non les traités eux-mêmes, mais la thèse politique sous-jacente selon laquelle la normalisation pouvait produire une stabilité régionale durable en contournant la question palestinienne. Le deuxième pilier était la compétition intra-arabe fragmentée : la rivalité KSA-EAU continue de paralyser toute coordination collective au moment où elle serait le plus nécessaire. Le troisième était la stratégie iranienne de dissuasion asymétrique pilotée par le CGRI, dont la domination croissante sur les institutions iraniennes rend toute diplomatie classique avec Téhéran insuffisante. La défense antimissile balistique, seule forme d’intégration sécuritaire régionale réellement opérationnelle au sein du GCC, a révélé sa vulnérabilité fondamentale : l’excellence technologique ne suffit pas face à une guerre d’attrition.

Sur le plan des perspectives, trois configurations sont étudiées :

  • L’axe Turquie-Qatar-KSA-Egypte-Pakistan est crédible comme coalition conjoncturelle sur des dossiers précis, mais les divergences de vision du leadership entre Ankara et Riyad excluent une alliance formelle cohérente.
  • Les EAU devraient maintenir une posture de hedging multi-vectoriel au risque d’un isolement croissant au sein du GCC.
  • Le scénario le plus probable reste la fragmentation stabilisée : chaque Etat gérant sa vulnérabilité de manière bilatérale, sans coordination collective.

Si une coordination plus cohérente est possible, elle repose sur trois conditions : réintégrer la question palestinienne comme horizon structurant la légitimité de tout ordre régional ; concevoir avec l’Iran un cadre fonctionnel de protection des infrastructures vitales ; et pratiquer un « bargaining » régional différencié (coordination sur les dossiers où les intérêts convergent, divergence assumée ailleurs). 

Trois tensions demeurent irrésolues : la tension entre pragmatisme et normativité ; la tension entre multilatéralisme et souveraineté ; la tension entre ambition de coordination régionale et logique de fragmentation que les puissances extérieures ont intérêt à entretenir.

À propos de l'auteur

Victor Jardin

Victor Jardin est engagé au sein des Forces françaises aux Emirats arabes unis. Il assure notamment la fonction d’analyste géopolitique pour son régiment à Abou Dhabi.

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